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Socialismes de la chair

À propos de : Thomas Bouchet, Les Fruits défendus. Socialismes et sensualité du XIXe siècle à nos jours, Stock


Contre les accusations d’utopisme et d’irresponsabilité politique, Thomas Bouchet montre comment le socialisme d’hier et d’aujourd’hui a développé une réflexion féconde sur le corps et le plaisir, dont l’originalité et l’intérêt historique ne sauraient être ignorés.

Recensé : Thomas Bouchet, Les Fruits défendus. Socialismes et sensualité du XIXe siècle à nos jours. Paris, Stock, « Les essais », 345 p., 2014, 21€.

Sous le regard glaçant de l’histoire politique, la trajectoire des forces qui se sont réclamées du socialisme apparaît aujourd’hui consternante. Le socialisme n’a pas tenu ses promesses d’émancipation, il n’a réussi à changer la vie que de façon éphémère et superficielle, il n’a que trop rarement conduit à l’invention de formes économiques viables. Pire encore : au pouvoir, il a facilement cédé aux compromissions ou, au moins, s’est enlisé du fait d’une panne d’idées. Aujourd’hui, son développement semble achevé : les projets pour l’avenir semblent s’élaborer ailleurs, sans avoir vraiment besoin d’invoquer ce nom trop usé. L’enquête novatrice de Thomas Bouchet encourage de façon décisive à dépasser la mélancolie qu’engendrent peut-être de tels constats. Pour lui, il y a bien eu, au moins, des pensées socialistes originales, axées sur la critique de la modernité étatiste et capitaliste ; et ces pensées n’ont pas dit leur dernier mot, même si elles sont appelées à se renouveler de façon imprévisible. Cela suffirait largement à sauver le socialisme de la disgrâce et de l’oubli qui le menacent.

C’est d’autant plus vrai que, historiquement, ces pensées n’ont pas seulement été l’expression d’une générosité un peu vague ou d’un utopisme irresponsable. Sous le terme de socialisme, une vision du monde consistante s’est développée qui mérite d’être reconnue par l’historien des idées et des sensibilités. Mais comment faire résonner aujourd’hui cette matière solidifiée ? D’abord, selon Thomas Bouchet, en admettant le caractère hétéroclite de la documentation de référence : elle comporte les textes théoriques achevés, produits par des intellectuels professionnels, mais inclut également une littérature politique plus proche des classes populaires et des classes ouvrières, références sociologiques centrales du socialisme. Les journaux intimes, tout comme la correspondance privée des théoriciens, des politiques et des militants, en font aussi partie. Or, ces témoignages révèlent de façon très claire que, à côté de ses aspects doctrinaux, le socialisme a d’abord été, sous ses formes ses plus intéressantes, une affaire vécue (parfois empreinte de nouvelles religiosités), une affaire de pratiques collectives et de caractères individuels énergiques qui conservent leur valeur d’exemplarité. En d’autres termes, pour les hommes et les femmes des deux derniers siècles, le socialisme a été un choix existentiel que nous pouvons reconnaître comme « authentique » [1]. L’une des preuves de cette authenticité, c’est selon Thomas Bouchet, le fait qu’il s’est souvent associé à une sorte de confiance à la fois sereine et tonique dans la vie, dans le corps, dans la sensibilité, dans le plaisir. L’hypothèse directrice de l’ouvrage est donc qu’il y a bien eu une articulation féconde entre socialisme et vitalisme – au sens de l’appel éthico-politique à une existence augmentée et intensifiée –, articulation qui conserve aujourd’hui sa puissance d’attraction et qui, entre autres éléments, confère au socialisme historique une part de vérité irrécusable.

Le point de départ fouriériste

Le livre se présente comme une histoire de cette facette méconnue du socialisme, ici analysée à partir du cas français. Cette histoire commence évidemment avec Fourier, et non avec Saint-Simon, à l’ombre duquel le socialisme s’est souvent développé sous l’égide de l’obsession d’une organisation « rationnelle » et transparente de la société et de l’économie. Ouvrage inachevé, Le Nouvel ordre amoureux fournit une clé, de ce point de vue : la critique socialiste du monde issu de la Révolution industrielle et de l’affirmation continue de l’État s’ancre dans l’aspiration à une émancipation concrète – une émancipation des corps. Celle-ci constitue l’image de ce que l’on peut opposer à la réification et à l’exploitation des forces, des habiletés et des intelligences que la Révolution industrielle a rendues possibles.

Il est bien connu que, dans l’utopie fouriériste, la sexualité multiforme et intensifiée apparaît comme un élément crucial de cette image : ce n’est pas un hasard si le penseur bisontin fut l’un des héros de la « révolution sexuelle » au siècle dernier, sur fond d’un freudo-marxisme plus ou moins vague. Mais Thomas Bouchet insiste sur le fait que l’apologie de la libido y entre toujours en résonance avec l’ensemble de la vie passionnelle et de la sensualité : les travailleurs librement associés feront bonne chère et feront souvent la fête. La coopération vraie qu’il faut opposer à la sécheresse propre à la société capitaliste commence avec l’éveil des sens (le toucher et le goût y sont exaltés) et avec l’échauffement propre aux rassemblements conviviaux : elle a besoin, en tout cas, d’une attraction plus immédiate que celle qui se joue dans l’activité utile dont se préoccupent les économistes. On est aux antipodes de ce que René Schérer appelait le « socialisme morose », celui qui se méfie viscéralement de la libre passivité de la vie sensible, des soirées tapageuses et des mets délicats.

Or, il est significatif que cette part de l’héritage fouriériste ait été rapidement négligée. Thomas Bouchet remarque à quel point les disciples de l’auteur de la Théorie des quatre mouvements ont cédé au désir de respectabilité bourgeoise, passant sous silence la philosophie des élans et des plaisirs, de la vie qui s’accroît dans la réjouissance. Il n’en fallait pas plus pour que se développe, dans le refoulement du fouriérisme, un socialisme de l’austérité morale, dont Proudhon a élaboré les bases intellectuelles avec une constance et une acrimonie impressionnantes. Proudhon est le penseur du travail comme mission et vocation. La sublimation constitue son régime propre. Dans l’ordre privé, fidélité et chasteté lui répondent donc parfaitement. D’où la virulence proudhonienne à l’encontre du féminisme et le refus cassant opposé à l’hédonisme. « Vous êtes dégoûtants ! » crie-t-il à ceux qu’il perçoit comme des partisans d’un socialisme de la sensualité, les accusant sans s’embarrasser de nuances de prôner la lubricité universelle. Un ouvrage inachevé, intitulé La Pornocratie, devait même organiser sa critique de la chair et des sens, critique hantée par la figure obsessionnelle de la prostituée.

Mais au-delà de l’ascendant de l’ascétisme (il est vrai que, conformément au cliché, le socialisme a été aussi parfois l’un des avatars séculiers du christianisme), le refus du fouriérisme s’explique par plusieurs facteurs. Ainsi, dès l’époque de Louis-Philippe, la critique du luxe bourgeois et de la turpitude insolente des privilégiés a-t-elle pu conduire les socialistes à valoriser la rigueur morale de la classe ouvrière. Inversement, le réformisme s’est parfois fait moralisateur chez eux : le progrès impliquerait d’arracher le peuple au matérialisme grossier et aux promiscuités inquiétantes. Même indépendamment des obsessions de Proudhon, ces deux attitudes, bien que contradictoires, favorisaient ensemble un positionnement politico-philosophique très éloigné des intuitions de Fourier. De la même façon, l’apparition d’un militantisme quasi professionnel a pu encourager la résurgence d’une forme d’ascétisme de la tâche absolue. Quelles qu’en soient les sources, le socialisme sérieux et autoritaire, ancré dans le rêve d’une société quadrillée, transparente et homogène, a bel et bien existé, même s’il n’a jamais occupé toute la scène. Le moralisme sévère, la critique de la paresse, la haine du divertissement et du laisser-aller, y ont trouvé naturellement leur place. Même les discours féministes en furent marqués : le plus souvent, ils associaient mystique de la féminité, puritanisme et familialisme.

Il est frappant que les luttes idéologiques aient renforcé cette tendance spontanée. Il faut dire que le discours anti-socialiste s’est montré plutôt insistant sur ce point. Ainsi, chez Lamartine, en 1848, le socialisme n’est pas seulement stigmatisé en raison de la remise en cause de la propriété privée dont il est porteur. Il est surtout présenté comme un « matérialisme abject », conduisant « au sensualisme abrutissant, au communisme crapuleux, à toutes ces doctrines de chair et de sang, de viande et de sang, de soif et de faim, de salaire et de trafic ». On voit à quel point le fantasme du peuple jouisseur et immoral a constitué une sorte de contrepartie durable de la défense de la propriété privée et des inégalités sociales. Plus fin, Flaubert ironise un peu plus tard sur les deux pôles entre lesquels hésite forcément le nouveau converti au socialisme. Dans L’Éducation sentimentale, il voit l’un de ses personnages, Sénécal, successivement attiré « par ceux qui réclament pour l’humanité le niveau des casernes [et par] ceux qui voudraient la divertir dans un lupanar ». Ce qui leur manque à tous, suggère l’écrivain, c’est l’esprit de discernement qui permet une culture différenciée du plaisir dont l’artiste devient implicitement le promoteur. Chez les socialistes, on ne peut qu’osciller entre une approbation béate de la sensualité prise comme un tout, jusqu’à la grossièreté, et son rejet crispé, tout aussi absurde. Flaubert n’est d’ailleurs pas plus tendre avec le conservatisme bourgeois. « Le néocatholicisme d’une part et le socialisme de l’autre ont abêti la France, écrit-il dans sa correspondance. Tout se meurt entre l’Immaculée-Conception et les gamelles ouvrières ».

Socialisme libertaire ?

Thomas Bouchet montre que les auteurs socialistes ont bien saisi la difficulté et y ont raisonnablement répondu. Parmi les figures méconnues que son livre invite à redécouvrir, on trouve ainsi Jacques Déjacque, pour qui l’extrémisme d’un Proudhon – incapable d’imaginer pour la femme un statut autre que celui de ménagère ou de prostituée – représente une aberration catastrophique. Déjacque ouvre la voie à un socialisme qui n’a plus besoin de s’engager dans une quelconque nouvelle querelle de l’hédonisme et de la sensualité. Après 1848, un collectivisme anti-autoritaire axé sur le rôle des coopératives et des syndicats, clairement favorable à l’émancipation féminine, plutôt discret sur les questions les plus sulfureuses (mariage, sexualité, sensualité), émerge comme la ligne doctrinale la plus solide. Cette solidité n’a cependant jamais empêché le bruissement continuel des polémiques sans cesse recommencées. La rhétorique anti-socialiste a été ainsi toujours ramenée comme par instinct au thème de l’immoralisme débridé et de la bestialité. Cette rhétorique s’est exprimée d’ailleurs jusque dans les fantasmes d’une presse conservatrice pour laquelle, en 1936, les congés payés encourageront la paresse et la lascivité des classes populaires. Il est vrai, à sa décharge, que certains des penseurs socialistes les plus originaux n’ont jamais cessé d’esquisser certaines tentatives pour échapper à cette réserve prudente et de cette neutralité bienveillante face au corps et la sensualité qui, après des décennies de vaines controverses, semblait acquise à la fin du XIXe siècle.

Deux livres importants du socialisme français témoignent de cette tendance. Le droit à la paresse de Paul Lafargue (1883) se présente bien comme une réfutation de l’idée selon laquelle le droit au travail constitue le cœur du projet socialiste. Certes, Lafargue prend soin de préciser que son but n’est pas de rendre la classe ouvrière en état de « fénéanter et de bombancer » à longueur de journée. Mais il reste important pour lui que, après la révolution, le peuple puisse avoir droit aux bons biftecks et aux vins fins, que le luxe soit partagé et le loisir développé. Parler de justice et de redistribution des richesses dans le vide ne suffit pas : dans le combat politique, des expressions concrètes du bonheur doivent être sollicitées, qui ramènent à l’ordre fondamental des besoins et des désirs, voire même à un imaginaire de l’abondance et de l’exaltation joyeuse. De la même façon, Thomas Bouchet rappelle l’importance intrinsèque de l’essai de Léon Blum, Du mariage (1907) et la vivacité des discussions qui ont suivi sa publication. Tranchant sur les débats du siècle précédent qui s’étaient souvent enlisés dans l’essentialisme (l’émancipation féminine s’identifiait bien souvent au rétablissement de la vocation domestique et maternelle de la femme), Blum critique fermement l’institution matrimoniale bourgeoise. Pour lui, le mariage ne devrait être que la consécration d’une union libre réussie, au cours de laquelle l’harmonie des caractères et des corps a été éprouvée avant de se solidifier. Et encore ce mariage ne devrait-il être pensé que comme le support de l’une des relations amoureuses possibles, en dehors de toute exclusivité. Audacieux, Blum fait ainsi du bonheur sexuel l’une des conditions d’une vie sociale épanouissante, l’une des racines de cette coopération authentique que cherche le socialisme.

La permanence du débat au XXe siècle

Pourtant, des facteurs extérieurs ont fait échouer cette alliance entre le socialisme et une position éthique raisonnablement hédoniste, liant l’émancipation humaine à la redécouverte de l’expérience sensible et à l’enrichissement des plaisirs. Certes, comme l’a bien montré Marc Angenot, la prégnance des modèles utopistes et programmatiques empreints d’autoritarisme n’a jamais vraiment cessé dans la littérature politique de gauche [2]. Mais le fait essentiel est que, après 1917, les discussions socialistes, en France comme partout, ont été amenées à se restructurer, et même à se rétrécir, autour de la prise en compte de l’expérience soviétique.

Or, dans l’après-guerre, écrit Thomas Bouchet, « l’idée communiste fonde sa promesse de régénération sur une très ferme assise morale qui se nourrit de l’exemple, du moralisme ombrageux du syndicalisme révolutionnaire d’avant-guerre et de l’esprit de sacrifice des années 1914-1918 » (page 165). Même si les formes de vie liées au PCF ont su, en pratique, se nourrir des traditions festives et encourager certaines réjouissances collectives ritualisées, l’impact de l’ascétisme communiste est resté très puissant. Il s’illustre dans la presse communiste jusqu’assez tard dans le 20e siècle : la sévérité d’une vie de travail et de militantisme y est régulièrement opposée au désordre moral qui mine la bourgeoisie, signe avant-coureur immanquable de sa caducité historique. Politiquement, la réflexion sur l’amour libre et la libération sexuelle, par exemple (une réflexion qui entretient avec l’égalitarisme et la critique de la domination masculine un lien historique très fort), s’effectue plutôt dans des cercles proches de l’anarchisme, aux marges du socialisme institutionnel, donc, celui des partis de masse et des syndicats. Dans l’entre-deux-guerres, c’est ainsi le Dictionnaire anarchiste dirigé par Sébastien Faure, qui entretient le souvenir des promesses fouriéristes d’une émancipation intégrale, en écho aux intuitions du surréalisme, de la sexologie et de la psychanalyse naissantes. La lutte pétainiste contre « l’esprit de jouissance » (dont Blum fut justement l’une des cibles lors du procès de Riom) n’a certes eu qu’une durée de vie assez courte. Mais l’atmosphère très répressive des années consécutives à la Seconde Guerre mondiale n’a pas vraiment permis de sortir de l’impasse éthique qu’elle illustrait caricaturalement. Thomas Bouchet montre que c’est cette répression qui a bloqué, dans les courants principaux du mouvement socialiste et communiste, la prise en compte des revendications féministes, enfermant longtemps ces courants dans un ouvriérisme étroit. Il rappelle que le PCF a, par exemple, longtemps été opposé à la légalisation de l’avortement, sous prétexte qu’il favoriserait inévitablement la diffusion du dévergondage bourgeois chez les prolétaires. De la même façon, parmi les attaques qui ont visé Le Deuxième sexe de Beauvoir (1949), les catholiques n’ont pas été les seuls à s’engager dans la violence verbale la plus invraisemblable. Dans le roman d’Aragon, Les Communistes (1949-1951), le mépris des plaisirs futiles est présenté comme un des traits de caractères du militant, même si l’écrivain ne se montre pas insensible aux gaietés que procure l’existence ordinaire, et qui sont précisément, selon lui, ce que la société actuelle empêche d’apprécier pleinement.

Le tournant de 1968

Naturellement, des voix dissidentes se sont fait entendre dès cette époque de grisaille. Dans l’après-guerre, André Breton a contribué à maintenir vivante la référence à Fourier, pendant que Roger Vailland rappelait que les révolutionnaires ne devaient pas être des « pisse-froid ». Plus subversif encore, Daniel Guérin soulignait crânement l’affinité entre camaraderie militante et joie sensuelle, y compris homoérotique. Du côté allemand, et dans une veine plus philosophique, on pense au Principe Espérance d’Ernst Bloch (1954-1959) qui invoque l’aspiration vitale à la plénitude pour contrer la vision du monde stalinienne, entre déterminisme rigide et visée d’une organisation planifiante totale de la société. Discrètement, la critique du marxisme « ossifié » (Sartre) a ainsi permis d’élargir la perspective et de réveiller des possibilités intellectuelles ou des prises de position éthico-politiques longtemps reléguées dans les marges. Ce sont d’ailleurs ces courants souterrains, rattachant explicitement le socialisme à la lutte contre la tristesse et l’ennui, qui ont explosé après 1968, essentiellement sous l’impulsion du militantisme féministe. Thomas Bouchet rappelle cependant que, au PCF ou dans l’extrême-gauche, en écho au maoïsme d’alors, le foyer de l’idéalisation ascétique ne s’est jamais vraiment éteint. La lutte contre « l’idéologie du désir », représentée comme bourgeoise par nature, voire perverse, a ainsi rencontré un certain succès dans le milieu intellectuel pendant quelques années. Nouvelle preuve de la constance d’un débat qui a duré tant que le socialisme a su demeurer une force d’attraction de l’activité politique, comme de la réflexion théorique...

En conclusion de ce parcours, Thomas Bouchet ne se fait pas trop d’illusions. Par la voie du consumérisme exacerbé, l’hédonisme et le culte du corps sont devenus des forces motrices du capitalisme contemporain (page 289) ; l’excitation permanente et toujours renouvelée de la sensibilité forme désormais l’un de ses ressorts les plus importants. On voit mal comment, à eux seuls, ils pourraient relancer l’imagination collective dans le sens d’une recherche d’alternatives historiques acceptables. Même si c’est sous le poids de contraintes particulières, en matière d’éveil de la sensibilité et de stimulation des corps, nous sommes servis, et même au-delà de la satiété. Reste que la réappropriation différenciée de l’histoire longue du socialisme – jusque dans sa diversité, ses hésitations, ses ambiguïtés, ses zigzags, ses répétitions et ses obsessions – constitue toujours une source sûre pour entretenir la vitalité de la réflexion. La riche étude de Thomas Bouchet nous invite à en prendre conscience, d’une manière aussi chaleureuse qu’érudite. En particulier, elle nous apprend que si, en pensant à l’avenir, nous ne parlons que d’égalité, de redistribution, de démocratie et d’autonomie, si indispensable que soit par ailleurs l’invocation de toutes ces valeurs générales, nous manquerons quelque chose : nous manquerons le fait que ce sont toujours des fins concrètes, et plus précisément des fins ancrées dans l’expérience du corps et de la sensibilité, qui peuvent se révéler à la fois attrayantes, stimulantes et mobilisatrices, que ce soit du point de vue éthique ou du point de vue politique.

Pour citer cet article :

Stéphane Haber, « Socialismes de la chair », La Vie des idées , 1er octobre 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Socialismes-de-la-chair-2802.html

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par Stéphane Haber , le 1er octobre 2014

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Notes

[1Il est clair que l’ouvrage s’oppose vivement à l’idée selon laquelle l’histoire du socialisme constituerait la répétition interminable d’une erreur intellectuelle et morale massive (l’opposition à la société libérale et démocratique), erreur qui s’expliquerait seulement par la persistance de dispositions psychiques régressives chez certains individus ou dans certains groupes sociaux. Banale dans l’histoire de la rhétorique anti-socialiste (on pense à la Psychologie du socialisme de Lebon, 1898), une telle idée n’est pas très éloignée des conclusions auxquelles parvient François Furet dans Le passé d’une illusion (Paris, Robert Laffont, 1995).

[2Marc Angenot, L’Utopie collectiviste. Le Grand récit socialiste sous la Deuxième Internationale. Paris, Presses universitaires de France, 1993.


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