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Une économie à visage humain

À propos de : P. Calame, Essai sur l’œconomie, Éditions Charles Léopold Mayer


par Ariel Suhamy , le 17 septembre 2009

En proposant de substituer à la notion d’économie une nouvelle conception de la production et des échanges qu’il dénomme « œconomie », Pierre Calame plaide pour une règle du jeu mondiale qui soit capable d’assurer l’équité entre les sociétés, la sauvegarde de l’environnement et les droits des générations futures.

Recensé : Pierre Calame, Essai sur l’œconomie, Éditions Charles Léopold Mayer, 600 p., 25 €.

Dans cet essai, Pierre Calame propose de substituer au concept d’économie, dont la course aveugle et présomptueuse nous mène, de l’aveu général, droit dans le mur, une nouvelle conception de la production et des échanges qu’il dénomme l’« œconomie », revenant ainsi à l’étymologie grecque du mot et à sa non moins hellénique mesure : « Des règles du jeu de la production et de l’échange qui puissent tout à la fois assurer l’épanouissement des êtres humains, l’équité entre les sociétés, la sauvegarde de la biosphère et des droits des générations futures. » (p. 13) Une économie à visage humain, qui tient compte du fait que les ressources ne sont pas illimitées et qui jette les bases d’un nouveau système monétaire et financier.

Aboutissement d’une œuvre qui, hors des sentiers battus, conduit une réflexion inclassable sur l’État, la gouvernance et la démocratie dans le monde [1], cet Essai sur l’œconomie s’inscrit dans la lignée des grands utopistes du XVIIIe et du XIXe siècle, qui rêvent de refonder intégralement le fonctionnement de la société, afin de la soumettre aux exigences de la justice, et dont les constructions, pour rêveuses qu’elles puissent paraître, n’en sont pas moins dotées d’une indéniable puissance d’inspiration. Le système que Calame entend refonder de fond en comble n’est pas seulement l’économie, mais encore la politique et pour finir la morale.

Mais, si l’ouvrage se veut résolument utile, ancré dans les débats contemporains, la voie est étroite, comme en témoigne cette profession de foi :

D’un côté, je suis résolument altermondialiste : je crois qu’un autre monde et une autre économie sont non seulement possibles, mais même indispensables, et vite, car nous allons droit dans le mur. Mais, de l’autre, je pense que les critiques des altermondialistes se trompent souvent de cible – qu’il s’agisse des institutions financières internationales ou des entreprises transnationales – et que les alternatives mises en avant sont nébuleuses. Et, surtout, qu’il ne suffit pas de mettre bout à bout des revendications toutes légitimes pour aboutir à une alternative crédible. (p. 59)

Pour commencer, Calame nous invite à opérer un rigoureux départ entre deux termes souvent confondus, « mondialisation » et « globalisation ». Le premier renvoie à la nécessaire interdépendance des sociétés et à leur dépendance à l’égard de la biosphère et de l’écosystème ; le second à un processus historique qui n’a rien de nécessaire et peut fort bien s’inverser, et même le doit puisqu’il ne tient aucun compte de l’écosystème. Pour cela, il faut et il suffit que nous nous émancipions des fausses nécessités en replaçant l’histoire de nos sociétés dans l’histoire longue, depuis le Moyen Âge. Chaque époque a ses « acteurs pivots » qui dominent le développement économique : ceux de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui, pas plus qu’ils ne sont ceux d’hier. Calame ne craint pas de mettre en doute la doxa sur la globalisation, que d’aucuns accusent de tous les maux. Mieux : il s’attaque à l’idéologie qui fonde l’économie classique depuis deux siècles, laquelle attend toujours la refondation qu’ont connue les sciences de la nature au XXe siècle. Ce que conteste avant tout Calame, c’est la prétention à établir l’économie sur des lois abstraites. En réalité, elle repose sur les acteurs concrets et leurs relations. Ce sont ces acteurs qui doivent être sondés et le cas échéant, réformés.

L’auteur est ainsi conduit à examiner les conditions politiques du nouvel ordre mondial qu’il appelle de ses vœux. Il établit que, « pour être légitime, le pouvoir doit être exercé efficacement par des dirigeants compétents et dignes de foi ». Ce sont ces dirigeants qui seront en mesure de substituer à « l’économie de l’accumulation » aujourd’hui dominante, une « économie de bonheur », responsable et solidaire, généreuse et non conflictuelle. Comment ne pas approuver une si noble entreprise ?

Pour citer cet article :

Ariel Suhamy, « Une économie à visage humain », La Vie des idées , 17 septembre 2009. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Une-economie-a-visage-humain.html

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par Ariel Suhamy , le 17 septembre 2009

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Notes

[1Pierre Calame a notamment publié Dialogue des entreprises et du territoire. Propositions pour une politique (ECLM, 1988), Mission possible (Desclée de Brouwer, 1993) et La Démocratie en miettes (ECLM, Descartes & Cie, 2003).



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