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Comment parler de Jean Genet sans verser ni dans la dénonciation, ni dans l’hagiographie ? Sciences sociales et critique littéraire permettent de mieux comprendre sa trajectoire et les aspects les plus complexes de son œuvre : la dialectique entre exclusion et intégration sociales, la fascination pour le nazisme, la pérennité du ressentiment.

Le centième anniversaire de la naissance de Jean Genet (1910-1986), en décembre dernier, a donné lieu à des hommages de qualité inégale. La meilleure surprise vient du disque d’Étienne Daho. Le chanteur pop chante « Le Condamné à mort », magnifique poème homo-érotique écrit en 1942 en l’honneur de Pilorge, assassin guillotiné à la veille de la guerre. Sans apprêts, sans fioritures, la voix d’Étienne Daho fait vibrer ce lyrisme violent et désespéré qui bouleversa Cocteau : « Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour. / Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes. / On peut se demander pourquoi les cours condamnent / Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour. » Dans Jean Genet, menteur sublime, Tahar Ben Jelloun évoque avec émotion l’humanité de celui qui fut son ami, sa détérioration physique, sa faiblesse à l’approche de la mort. Genet épaule le jeune écrivain, lui enseigne à « ne pas devenir pour les milieux parisiens ’l’Arabe de service’ ». Malheureusement, autant que les souvenirs, les bons sentiments naïfs abondent : Genet ami des Palestiniens et des damnés de la terre, Genet combattant de la justice, Genet « égaré sur une terre sans terre », etc.

L’ouvrage d’Albert Dichy et Pascal Fouché, Jean Genet, matricule 192 102, réédition de leur Essai de chronologie paru il y a une vingtaine d’années, est un catalogue de sources qui déroule la jeunesse de l’écrivain année après année. Utile du strict point de vue de l’érudition genetologique, ce travail de copistes tient surtout de la genetolâtrie. Le titre, avec son « matricule 192 102 », précipite d’emblée le lecteur dans l’univers carcéral. S’agit-il du numéro d’écrou de Genet à la Santé ? Non : c’est le numéro d’ordre, purement administratif, de son dossier à l’Assistance publique. Ce titre suggère donc que le délinquant était en germe dans l’enfant abandonné, ce qui est parfaitement faux. Les auteurs avaient commis la même erreur dans la première édition de leur livre, en allant interroger d’anciens camarades de classe de Genet, soixante ans après, pour tenter de leur faire dire que l’auteur du Journal du voleur était déjà bien un voleur dans son enfance. Pierre Bourdieu, qui mettait en garde le biographe contre la tentation téléologique [1], aura parlé pour rien.

À boire et à manger, donc. Dans l’ensemble, cependant, toutes ces manifestations suscitent un certain ennui. Pourquoi ? Parce qu’elles font de Genet une idole. Bien sûr, c’est le propre de tout anniversaire que de célébrer, d’encenser. Étrange célébration, au demeurant, que celle qui consiste à panthéoniser la subversion : ce genre de réception et les modes de lecture qu’il flatte conviennent-ils à un écrivain qui s’est toujours pensé comme un irrécupérable, ennemi de tout et de tous ? Est-ce vraiment comprendre (et honorer) Genet que d’en faire ainsi l’ami public n° 1 ? La déception que suscite ce centième anniversaire provient également du fait que les questions les plus ardues, et donc les plus passionnantes, ont été esquivées : la dialectique, dans la vie de Genet, entre exclusion et intégration sociales, sa fascination pour le nazisme, la pérennité de son ressentiment.

Qui est in, qui est out

On peut aborder la vie de Genet de deux manières opposées. La première nous est proposée par l’écrivain lui-même. Usant du « vous » ironique et accusateur (l’assassin « Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures », comme dit la célèbre ouverture de Notre-Dame-des-Fleurs), Genet ne cesse d’affirmer qu’il n’est pas de « votre » société : il est le nouveau-né qu’on abandonne, le soldat qui déserte, le voyageur familier des geôles européennes, il est le petit délinquant jeté au trou, l’homosexuel abhorré des Mauriac, l’ingrat flamboyant, le traître, il est celui qui « nous » crache à la gueule. Genet piétine toute morale comme il franchit chaque limite – et il sort, définitivement. Après avoir choqué les bien-pensants, cette posture de défi semble aujourd’hui susciter une approbation mimétique.

Mais qui s’intéresse à la vie de Genet dans une démarche socio-historique sera plutôt frappé par l’extraordinaire ascension sociale de celui que sa mère, ouvrière lingère à Paris, a dû abandonner en juillet 1911, le cœur déchiré, quelques mois après sa naissance. Sur les 250 000 enfants recueillis par l’Assistance publique de la Seine entre 1860 et 1940, seul un, Jean Genet, est devenu écrivain, et un écrivain mondialement reconnu. Pupille confié à une famille d’accueil du Morvan entre 1911 et 1924, jeune détenu à la colonie pénitentiaire de Mettray en 1926, semi-clochard dans les années 1930, petit délinquant à la veille et au début de la Deuxième Guerre mondiale, ami de Cocteau en 1943, coqueluche du Tout-Paris à la Libération, écrivain-phare honoré de ses Œuvres complètes chez Gallimard en 1951, sujet du monumental Saint Genet comédien et martyr de Sartre en 1952 : cette trajectoire ne peut manquer de susciter l’intérêt, et elle justifie à elle seule le recours à la biographie. La bonne question, pour rendre compte du parcours de Genet, n’est donc pas « in ou out ? », mais « comment échappe-t-on à son milieu social ? » Exception faite de son abandon, la vie de Genet a connu deux bifurcations : sa fugue de 1924 et son repositionnement sociopolitique à la Libération.

Dans l’entre-deux-guerres comme au XIXe siècle, le destin prévisible des pupilles de l’Assistance publique n’est pas la délinquance, comme le laisse croire une vision misérabiliste et peu informée, mais l’enracinement dans un village et l’apprentissage professionnel dans l’agriculture ou l’artisanat ; en d’autres termes, non pas l’exclusion sociale, mais l’intégration, fût-elle médiocre. Comme le montre son dossier à l’Assistance publique [2], Genet n’a été ni un voleur précoce, ni un enfant martyr, mais un pupille aimé, brillant élève encouragé par ses nourriciers, ses maîtres et les responsables de son agence de placement. Le traumatisme d’avoir été abandonné n’a jamais quitté Genet, mais il a eu, comparativement aux autres pupilles de l’Assistance publique (et même aux enfants de familles populaires rurales), une enfance plutôt privilégiée : envoi à Alligny-en-Morvan, l’une des meilleures communes de la meilleure région de placement de l’Assistance publique, affection de la part de nourriciers relativement aisés, stabilité du placement, petites leçons de violon et temps pour lire, excellentes études primaires, soutien de son instituteur et de la famille de son parrain, indulgence du directeur d’agence après sa fugue, placement à l’essai chez un compositeur à la mode, aide financière et morale après sa majorité, etc. De très nombreux « gosses de l’Assistance » ont subi la faim, le froid, les humiliations, les violences physiques et sexuelles ; pas Jean Genet [3]. Ces faits permettent d’exorciser les fantasmes de malédiction sociale, de négativité pure.

Contrairement aux orphelinats et aux colonies pénitentiaires, l’Assistance publique place les enfants en milieu ouvert, dans des familles d’accueil. Fleuron de la République sociale et terrienne, elle produit des domestiques de ferme, des artisans, des commerçants, des petits fonctionnaires. C’est précisément ce ruralisme conservateur qui a brisé les espérances du brillant élève : au lieu de recevoir une bourse comme un Charles Péguy pour entrer au lycée, Genet a été envoyé en 1924 dans une école professionnelle dont il a immédiatement fugué, acte de déviation sinon de déviance, arrachement qui est aussi un premier pas dans la « carrière délinquante ». Car après cette fugue, et à cause d’elle, les psychiatres (à l’instar du Dr Roubinovitch, chargé de la consultation des « enfants arriérés et anormaux au dispensaire de prophylaxie mentale » à l’asile Sainte-Anne) déclarent que le garçon présente « un certain degré de débilité et d’instabilité mentales qui nécessitent une surveillance spéciale ». Puis les tribunaux l’envoient dans la colonie agricole pénitentiaire de Mettray pour cause de vagabondage [4]. Ici commence l’exclusion sociale à proprement parler : immersion dans un univers de violence, engagement dans l’armée, errance et clochardisation, vols et prison à partir de la fin des années 1930.

Tragique désillusion de l’enfant-roi : la République n’a pas tenu ses promesses. L’école de Jules Ferry, l’Assistance publique et la colonie agricole, conçues par la Troisième République comme des machines à intégrer les enfants en déshérence, à fabriquer d’honnêtes citoyens, ont montré un tout autre visage : la stigmatisation. Si désormais Genet rejette toute institution, c’est qu’il y reconnaît l’hypocrisie de cette France 1930, cette mère secourable pour qui le vagabondage est un délit, la pauvreté un crime, l’homosexualité une perversion, l’illégitimité une tare de naissance. Ce n’est donc pas un hasard si Jean Genet, le type même de ce que j’ai appelé l’« enfant de la loi », c’est-à-dire le mineur sur qui pèsent des injonctions d’intégration, est devenu l’écrivain du XXe siècle qui a le plus violemment rejeté les normes sociales. En revanche, l’agrarienne Assistance publique et Mettray, la prison aux champs, ont instillé leurs motifs dans toutes les œuvres de Genet : roses, glaïeuls, lilas, tilleuls, hirondelles, pintades, chenilles, etc.

La fascination pour le nazisme : Genet dans le texte

Début des années 1940 : Genet va de condamnation en condamnation pour des petits vols, commence à écrire et se fait des amis. Pour Laudenbach et Sentein, ses camarades maurrassiens, pour Robert Denoël, l’éditeur collaborationniste qui accueille son premier roman, pour ce Jean Turlais qui voulait écrire en 1943 une « histoire fasciste de la littérature […] d’Homère à Jean Genet » [5], l’Allemagne incarne l’avenir de l’Europe, et la Révolution nationale celui de la France. Et pour Genet ?

Ouvrons ses livres. Après « Le Condamné à mort », Genet écrit une série de romans autobiographiques : Notre-Dame-des-Fleurs (écrit en 1942, publié à partir de 1943), qui raconte l’enfance d’un petit garçon de la campagne et sa métamorphose en travesti dans le Paris interlope ; Miracle de la Rose (écrit en 1943, publié en 1946), qui peint la captivité et les amours de jeunes garçons à Mettray ; Journal du voleur (écrit en 1945, publié à partir de 1946), qui retrace les pérégrinations d’un déraciné à travers l’Europe d’avant-guerre. Dans ces romans – parfois en passant, parfois plus longuement –, Genet évoque les emblèmes du Troisième Reich et les hommes qui incarnent le nazisme : l’« explorateur des ténèbres » auquel on doit la découverte de la croix gammée [6], le SS et la « joie profonde » qu’il ressent en voyant « la peur élargir la pupille de celui qu’il [va] tuer », les tortionnaires qui font déferler « des vagues formées par le mot Gestapo » [7], les pilotes de Stukas qui sèment « la mort en riant », les soldats de la Wehrmacht aux « hanches d’acier » et aux « bottes lourdes comme un piédestal » [8], ainsi que les miliciens français brillant dans leur « solitude increvable » [9]. Pompes funèbres (écrit à partir de 1944 et publié anonymement en 1947) met en scène une orgie politico-érotique. On s’y sodomise entre SS, voyous et miliciens, ces derniers étant pourchassés par des mégères hystériques et rejetés dans une « admirable solitude ». Hitler, maître du château dont la plus noble fenêtre est ornée de « l’étendard rouge à croix gammée », « resplendit comme un Apollon » [10].

Dans les interviews qu’il donne à la fin de sa vie, Genet explique pourquoi la victoire de l’Allemagne nazie l’a comblé de joie. Dans son dernier livre, Un Captif amoureux (publié en 1986), il écrit que Hitler est « sauf d’avoir brûlé ou fait brûler des Juifs », puisque les victimes ont pour seule fonction de permettre « la gloire ou le retentissement » des grands criminels [11]. La cosmogonie de Genet s’organise autour des macs, des cambrioleurs et des tueurs d’enfants, l’envers de « notre » société, mais aussi des criminels nazis, bien plus terrifiants (« bouleversants », pour parler comme Genet) que les Weidmann et les Pilorge. En revanche, les références au nazisme sont absentes de son théâtre, publié dans les années 1950 et 1960 ; j’y reviendrai plus loin. Comment expliquer, chez Genet, cette influence aussi profonde que durable ? Il me semble intéressant d’explorer trois pistes : la rancœur de Genet contre la République ; l’attrait pour la contre-société nazie ; l’homo-érotisme.

La haine de la République

« Quand Hitler a fichu une raclée aux Français, eh bien oui ! j’ai été heureux », déclare Genet au début des années 1980 [12]. Le bonheur de voir son pays écrasé, humilié, s’explique-t-il par la haine de la France ? Tout dépend de quelle France on parle. Car la France d’Ancien Régime et le Moyen Âge inspirent puissamment Genet. Toute son œuvre célèbre les blasons français, les gisants français, le tour de main des artisans et des cambrioleurs français, les corporations, les cathédrales, les châteaux et les cloîtres français, Fontevrault et « ses abbesses filles de France » [13], Bernard de Clairvaux, la Dame à la Licorne, Ronsard, Louis XVI. Genet ne cesse de puiser aux sources d’un Moyen Âge fantasmé : il sacrifie à la « morale médiévale » de Mettray, fondée sur l’honneur et la force [14], il s’enivre à la pompe de l’Église, il traverse le temps pour voguer vers « les religions, la royauté franque, et française, les franc-maçonneries, le Saint-Empire, l’Église, le national-socialisme, où l’on meurt encore par la hache » [15].

Haine de la France, sans doute, mais laquelle ? Devant un autre interlocuteur, Genet se montre plus explicite : « Qu’est-ce que ça signifiait, cette fascination devant les brutes ou devant les assassins ou devant Hitler ? En termes plus secs, peut-être plus simples aussi, je vous rappelle que je n’ai ni père ni mère, que j’ai été élevé à l’Assistance publique, que j’ai su très jeune que je n’étais pas français. » [16] Cette explication établit un lien entre le prestige du nazisme et les désillusions de l’enfance. La blessure que l’Assistance publique, l’école et la colonie agricole ont infligée à l’enfant est devenue indissociablement souffrance intime et ressentiment, haine des lois et de la bourgeoisie, instinct de liberté et soif de destruction. Et quand la République s’effondre en 1940, celui dont on a saccagé la réussite exulte. L’affront est enfin lavé, et dans le sang : « J’étais vengé, mais je sais bien que ce n’est pas moi qui ai mis en œuvre ma vengeance, je ne suis pas l’ouvrier de ma vengeance. » [17]

C’est en ce sens que l’enfance de Genet, à l’ombre des grandes institutions républicaines, a déterminé sa sensibilité politique : non pas solidarité avec les opprimés, mais destruction des oppresseurs. Car la République, pour Genet, asservit et parfois assassine : elle humilie les pauvres gosses qu’elle prétendait sauver ; sa liberté, son égalité, sa fraternité, inscrits au fronton des tribunaux, annoncent la brutalité d’une incarcération injuste ; les jurys « populaires » envoient leurs ennemis à la guillotine. L’« enfant criminel », Louis XVI, Pilorge et le collabo ont ceci de commun qu’ils constituent l’envers de la République, ses vaincus, ses victimes. Dans Pompes funèbres, le petit milicien persécuté par la foule, au moment de la libération de Paris, appartient au « parti des monstres, le parti des Rois » [18].

Horst Wessel, dieu nazi

Comment l’enfant prodige, frappé de déchéance, pourrait-il retrouver la place à laquelle il aspirait ? Par le biais de sa politique de grands travaux et de réarmement, le Troisième Reich offre une possibilité de rédemption aux chômeurs, aux vagabonds et même aux criminels, élite des camps de concentration : ce « modèle social » ne peut laisser Genet indifférent, non seulement parce qu’il redonne de la fierté aux déclassés, ses semblables, mais aussi parce qu’il signe la revanche dangereuse des humiliés. D’où cette idée qu’en Allemagne le crime est au pouvoir : « Les Allemands seuls, à l’époque de Hitler, réussirent à être à la fois la Police et le Crime. » [19] Le retour en gloire des malfrats subvertit l’ordre bourgeois, bouscule l’ordre des préséances, redistribue le capital de célébrité, crée de nouveaux objets d’adoration collective.

Dans Notre-Dame-des-Fleurs, Genet écrit : « Je m’émerveille que le souteneur Horst Wessel, dit-on, ait donné naissance à une légende et à une complainte » [20]. Dans un numéro d’octobre 1939 que Genet, grand consommateur de journaux, a peut-être lu, Paris soir raconte le destin de Horst Wessel, petite frappe de Berlin devenue le héros de l’hymne national du Troisième Reich, le Horst Wessel Lied. Souteneur dans l’Ackerstrasse où évolue une faune d’escrocs et d’assassins, Horst Wessel est « un des ’caïds’, comme on dit, une des terreurs de cette rue mal famée », où les partis politiques recrutent leurs hommes de main. En 1930, Horst Wessel est tué dans un règlement de comptes par un délinquant soutenu par les communistes. Les nazis s’emparent du fait divers et le Horst Wessel Lied naît en 1933 : « Toute l’Allemagne s’entendit seriner cet hymne de gloire à la mémoire d’un homme qui, sans Goebbels, n’eût jamais figuré que sur des registres d’écrou et dans la rubrique des faits divers. » [21] La divinisation du souteneur Horst Wessel « émerveille » donc Genet, comme le colon de Mettray révère les condamnés à mort et cultive sa « foi en Harcamone », guillotiné après le meurtre d’une fillette et d’un gardien [22]. La propagande nazie réussit à transformer, pour tout un peuple, un mac en jeune dieu.

Si Genet vénère ces hommes, depuis Horst Wessel jusqu’au dieu suprême, Hitler, c’est aussi pour leur puissance érotique. Dans l’Olympe sexuel de Genet, le « mâle » de la SS ou de la Wehrmacht occupe une place de choix. Comme ses codétenus de Fontevrault (et comme Brasillach, Drieu La Rochelle et Raymond de Becker à la même époque), Genet jouit en les sentant venir à lui : « Ignorants, fécondants, comme une poudre d’or, [les soldats de la Wehrmacht] tombèrent sur Paris, qui toute une nuit comprima les battements de son cœur. Nous, nous frissonnons dans nos cellules, qui chantent ou se plaignent de volupté forcée, car, à soupçonner cette débauche de mâles, nous jouissons autant que s’il nous était donné de voir un géant debout, jambes écartées, et qui bande. » [23] Qu’il fantasme sur la « lourdeur des bourses » et le « mollet de fer » du SS [24], ou qu’il s’extasie devant l’habileté de son amant Java, ancien de la Waffen SS et as du poignard [25], Genet est aimanté par des figures porteuses à la fois d’une esthétique, d’une idéologie et d’une (contre) morale.

Ce mariage entre homo-érotisme et nazisme peut surprendre : des milliers d’homosexuels ont été persécutés et déportés par le Troisième Reich [26]. Mais c’est un autre aspect qui retient ici l’attention de Genet : comme l’explique Jean-Louis Bory à propos de la présence des soldats allemands à Paris, « il y avait une fascination qui pouvait jouer sur les homosexuels. C’est la fascination qui joue […] sur le mythe de la virilité, lorsque la virilité est confondue avec la force et avec une espèce de courage […], le goût de la botte, du cuir, du métal. » [27]

L’imprégnation du nazisme

Genet n’est ni pro-nazi, ni fasciste, pas plus qu’il ne tient, dans les années 1940, un discours politique. Par ailleurs, contrairement aux Brasillach et aux Céline, aux Drieu et aux Rebatet, Genet n’a pas de sang sur sa plume, d’abord parce que le repris de justice, inconnu en 1943, n’a pas comme eux accès à l’espace public, ensuite parce que ses célébrations sont ambiguës : Genet magnifie les nazis non parce qu’ils indiquent la voie du bien (c’est grosso modo la position des collaborationnistes), mais parce qu’ils incarnent le crime, la terreur, la destruction, autrement dit le mal à l’état pur, et aussi parce qu’ils le font bander, comme ces « guerriers blonds qui nous enculèrent le 14 juin 1940 posément » [28].

Il serait cependant pusillanime de fermer les yeux sur le tropisme nazi de Genet au prétexte qu’il plaisanterait ou que ses apologies seraient des « motifs fictionnels ». Comme l’écrit Isabelle Kalinowski à propos de Jünger (1895-1998), héros de la Grande Guerre et icône des milieux nationalistes et nazis dans l’entre-deux-guerres, « c’est se faire une idée bien abstraite des rapports entre les intellectuels et les pouvoirs politiques que de tenir l’adhésion à un parti de gouvernement, l’appartenance à une officine du régime et, surtout, l’adoption d’un discours d’allégeance, pour les seules formes possibles du soutien et du compromis » [29]. C’est à la même conclusion que parvient Martin Travers à propos du poète allemand Stefan George (1868-1933) qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, annonçait « das neue Reich » et appelait la jeunesse à se sacrifier sur les champs de bataille [30]. Le frisson du fascisme n’a pas besoin, pour s’exprimer, de manifestes, de brochures ou de harangues à la Chambre.

Les textes de Genet, et tout particulièrement ses romans des années 1940, regorgent d’idéologèmes nazis : essentialisme des individus, héroïsation du surhomme, esthétisation de la violence, rituels de la cruauté, insensibilité à la souffrance d’autrui, antisémitisme, mythologies médiévales et germaniques, goût des ordres de chevalerie, etc. Même parenté avec le fascisme : aristocrates du vivere pericoloso, le casseur « vit avec son corps une vie dangereuse » [31] et l’enfant criminel doit épuiser son « impatient besoin d’héroïsme » au-dessus des brasiers [32]. Évidemment, l’œuvre de Genet ne se résume pas à cela, et l’apologie de l’abjection, de la bassesse ou de l’homosexualité fait de lui un écrivain bien peu conforme aux idéaux de Mein Kampf.

Il n’en demeure pas moins que, loin de proférer des « mensonges sublimes », comme l’écrit complaisamment Tahar Ben Jelloun, Genet délivre cette vérité atroce : des millions de gens ont été fascinés par le nazisme, ont été excités par ses emblèmes et ses hérauts, et il s’est même trouvé des poètes pour chanter les camps de la mort après la guerre. Dans son texte « L’enfant criminel » (écrit pour la radio en 1948 et interdit), Genet « tire [son] chapeau » devant Bergen-Belsen, Mauthausen et Auschwitz, comparés aux pétales d’une rose, « plante merveilleuse de beauté » [33]. Dans L’Étrange Mot d’… (1967), texte théorique sur le théâtre, Genet consacre une longue phrase aux fours crématoires, évoquant celui de Dachau entretenu « par des équipes de nettoyage qui chantent […] des lieder ou qui sifflent juste des airs de Mozart ». Quoique contournée, la phrase est assez claire, par ses sous-entendus et sa dérision mêmes [34].

Le repositionnement de Genet

Le nazisme dominateur embrasait l’imagination de Genet, de Drieu ou de Brasillach, mais l’Allemagne a fini par perdre la guerre. Dans la France à peine libérée, Genet commence à se faire un nom : ses romans sont lus et appréciés. Or, à cause de ce qu’ils contiennent, il pourrait subir une nouvelle exclusion – de nature moins judiciaire, cette fois, que politique. Dès lors, il s’attache à changer de pôle à l’intérieur du champ littéraire : il rompt progressivement avec Cocteau, se débarrasse de son entourage vichyssois et maurrassien, quitte Denoël pour Gallimard, fréquente le Flore, s’arrime à la famille existentialiste. Sartre, ébloui par la langue de l’écrivain et son aura de poète-voleur, le prend sous son aile – sans rien ignorer de ses inclinations politico-érotiques. Ces mêmes inclinations, il les fustige, avec des accents homophobes, quand elles s’expriment chez des collaborateurs patentés comme Drieu ou Châteaubriant : « La liaison féodale du collaborateur à son maître a un aspect sexuel. Pour autant qu’on puisse concevoir l’état d’esprit de la collaboration, on y devine comme un climat de féminité. […] Il me paraît qu’il y a là un curieux mélange de masochisme et d’homosexualité. Les milieux homosexuels parisiens, d’ailleurs, ont fourni de nombreuses et brillantes recrues. » [35]

Ce n’est pas en ces termes que Sartre parle du poète-voleur. Grâce à un certain nombre de gestes symboliques, Genet est reçu avec les honneurs dans la grande famille résistante : caution des Temps modernes, pétition d’écrivains dans le journal Combat en 1948 (prétendument parce que Genet aurait défendu l’honneur d’un résistant), etc. Le monumental essai que Sartre publie en 1952, Saint Genet comédien et martyr, met en scène une enfance malheureuse chez des paysans sans cœur, une « malédiction ontologique » qui pèserait sur un « voleur de naissance », pour les opposer à la force vitale d’un prolétaire qui réussit à rompre avec ce que les hommes voulaient faire de lui. L’avènement du poète maudit en lieu et place du giton de la SS consacre tout un travail de repositionnement sans lequel le génie de Genet ne pourrait se faire entendre dans la France d’après-guerre.

Mais plusieurs passages reflètent l’embarras de Sartre. Son protégé ne cache pas qu’il a admiré la Milice de Darnand ; il éprouve de la répugnance pour l’« Israélite » parce qu’« il retrouve en lui sa propre situation » [36]. Il est vrai que, dans Pompes funèbres, Genet évoque le « visage assez doux, plutôt sympathique », de l’officier allemand qui a commandé le massacre d’Oradour-sur-Glane [37]. Cet aveu gêne visiblement Sartre, comme l’indique cette contorsion :

« Pendant l’Occupation, je puis témoigner qu’il n’avait pour les Allemands aucune sympathie particulière ; sans doute, il admirait, par principe, la méchanceté nazie. Mais quoi ? Ils étaient vainqueurs, leur Mal, triomphant, risquait de devenir institutionnel : ce serait un nouvel ordre, un nouveau Bien. Et cet ordre, comme l’autre, condamnerait le vol et le crime de droit commun. Défaits, en déroute, humiliés, il s’est mis à les aimer et je l’ai entendu les défendre publiquement quand il y avait le plus grand danger à le faire. » [38]

Comme Genet s’est épanoui dans son milieu familial de substitution, il s’est adapté au champ littéraire d’après-guerre – revanche posthume de cette Troisième République qui voulait tant l’intégrer.

L’« oubli du fascisme »

Les écrits de Genet ne peuvent être comparés aux prises de position des collaborateurs : un Céline publie des pamphlets violemment antisémites, pleins de fiel et de haine, alors que Genet, pendant l’Occupation, compose poèmes et romans dans sa cellule. Pourtant, après la guerre, son institutionnalisation littéraire a exigé l’« oubli du fascisme » [39] : de fait, on ne trouve nulle trace de Hitler et de la svastika dans Les Bonnes (1947), Le Balcon (1956), Les Nègres (1958) ou Les Paravents (1961). Mais le théâtre de Genet, qu’on aime à placer sous le signe de l’illusion, du faux-semblant, de la déréalisation, de la mascarade, exprime un non-sens doté d’un sens bien précis : la comédie déprimante du monde, après que s’est éteint le grand enthousiasme de 1939-1945. Même désabusement chez Jünger à la même époque.

Comme un retour du refoulé, les obsessions des romans resurgissent dans le théâtre, de même que le Genet des années 1940 affleure sous le « dernier Genet », le compagnon de route des Noirs américains, des Indiens et des Palestiniens. Au cours des années 1960 et 1970, il élit de nouvelles idoles : les beaux feddayins palestiniens et les Black Panthers qui, comme les soldats de la Wehrmacht, ont « le sexe moulé avec beaucoup de soin à l’entrejambe » [40] ; d’autres justiciers venus humilier le drapeau tricolore, non plus les « héros du Nord », mais les combattants du FLN ; toujours l’apocalypse, mais cette fois causée par l’hystérie de la populace observée du Balcon, par « les massacres […] où le peuple s’en donne à cœur joie de nous haïr » [41], par le terrorisme de la bande à Baader, la mutinerie des frères noirs de Soledad, « défilés avec les armes exhibées, meurtres de flics, pillages de banques » [42]. La haine et le danger libérés pendant la Deuxième Guerre mondiale inspirent lointainement les mouvements de libération : comme Genet l’écrit dans Un Captif amoureux à propos des Black Panthers, « il faut pourtant des moments saccageurs et pillards, côtoyant le fascisme, y tombant quelquefois momentanément, s’en arrachant, y revenant avec plus d’ivresse » [43].

La Rose exterminatrice d’Auschwitz renaît. Dans Les Paravents, M. Blankensee vante la beauté de ses rosiers au moment précis où les Arabes brûlent les orangers, attisant leur révolte par un incendie de fin du monde [44]. L’apocalypse doit châtier la France coupable : ce thème contre-révolutionnaire figure déjà dans les romans. Si Genet est désormais étiqueté à gauche (ennemi des bourgeois, contempteur de l’armée française, etc.), il n’a rien d’un redresseur de torts. Il reste un porteur de foudre, un prophète de colère. Les explosions de violence qu’il déclenche ont pour objectif de faire voler en éclats les mensonges républicains, auxquels s’ajoutent les turpitudes des Américains, des Israéliens et de tous les Blancs. Et l’agrarisme de l’Assistance publique habille désormais son antisionisme antisémite : « Dans les camps, après vingt ans d’exil, les réfugiés rêvaient de leur Palestine, personne n’osait savoir ni n’osait dire qu’Israël l’avait de fond en comble ravagée, qu’à la place du champ d’orge il y avait la banque. » [45]

Perspectives

Célébrons Genet. Proclamons que c’est un poète subversif, un enfant martyr, un vagabond planétaire, un écorché vif, un rebelle exemplaire, etc. Ces hourrahs finiront par rendre Genet tout à fait ennuyeux. Genet est-il encore menacé de censure, comme lors de la bataille des Paravents en 1966 ? Au contraire, il est fêté partout, pléiadisé, enrôlé dans tous les combats. Or Genet écrivait non pour illustrer les causes de ses thuriféraires, mais pour faire peur, pour faire mal, pour léser, pour blesser. Avant de lui offrir d’autres statues, d’imposantes cérémonies croulant sous les applaudissements, acceptons la violence radicale dont il est porteur et suivons-le dans son abjection : le crime se pare de délicatesse, l’atrocité est sublime. Serons-nous émus par ce qui est haïssable ? Force d’inquiétude.

Entrons dans l’univers du Genet queer en cherchant à comprendre, avec Klaus Theweleit ou Eve Kosofsky-Sedgwick [46], comment il réussit à sexualiser la politique, à politiser le fantasme et le sadomasochisme, à inventer un langage où se mêlent la haine, la révolte et le désir. Dégageons les pôles de fascination du Genet politique : esthétique de la révolte, vanité de la révolution, humiliation, écrasement, carnage. Comparons-le à d’autres écrivains et artistes : Villon pour la légende du poète-voleur, Rimbaud pour la révolte juvénile, Proust pour les souvenirs d’enfance et l’homosexualité, Döblin pour la pègre, Drieu La Rochelle pour le ressentiment, la haine anti-bourgeoise, l’attrait de la « virilité » nazie, Giacometti pour la fragilité de l’être, Nimier pour la désillusion d’après-guerre. Interrogeons-nous sur les stratégies de dénazification littéraire qui infléchissent le travail des écrivains et influent durablement sur la réception de leurs œuvres. Mettons au jour les veines de signification politique qui traversent les œuvres en apparence les plus « littéraires » – manière, peut-être, de les désacraliser.

Enfin, au lieu d’épousseter le temple inlassablement, faisons un usage intelligent de la biographie : non pas un discours de réception à l’Académie française, mais une étoffe où s’entrecroisent une œuvre, une trajectoire et une société ; non pas un amoncellement d’informations dévotes, mais un exercice qui pose des questions, interroge des sources, sélectionne les épisodes révélateurs, replace le « grand homme » dans son milieu social à chaque étape de sa vie, compare son itinéraire avec d’autres itinéraires anonymes, en un mot retrace un parcours en tant qu’il est à la fois unique et banal, irréductiblement libre, brisé par des ruptures et des sursauts, et humblement contraint, enserré dans des stratégies, des chemins de traverse et des passages obligés. L’unité des sciences sociales est un combat épistémologique. Sa récompense, ici, c’est le plaisir du texte.

Pour citer cet article :

Ivan Jablonka, « Retrouver Genet. Biographie, littérature et sciences sociales », La Vie des idées , 4 février 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Retrouver-Genet.html

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par Ivan Jablonka , le 4 février 2011

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Notes

[1P. Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, 1986.

[2J’ai eu la chance de découvrir ce dossier lors de ma thèse de doctorat sur les enfants abandonnés, puis de le publier et de le commenter dans les trois premiers chapitres des Vérités inavouables de Jean Genet (Seuil, 2004). Ce dossier est d’une importance capitale, puisqu’il contient un très grand nombre de correspondances et de rapports, ainsi que les premiers écrits littéraires de Genet.

[3Sur la vie quotidienne et les souffrances de ces enfants, je me permets de renvoyer à Ivan Jablonka, Ni père ni mère. Histoire des enfants de l’Assistance publique (1874-1939), Seuil, 2006.

[4Sur Mettray, voir L. Forlivesi et al. (dir.), Éduquer et Punir. La colonie agricole et pénitentiaire de Mettray (1839-1937), PUR, 2005, et Raoul Léger, La Colonie agricole et pénitentiaire de Mettray. Souvenirs d’un colon, 1922-1927, L’Harmattan, 1997.

[5J. Turlais, « Introduction à l’histoire de la littérature ’fasciste’ », Les Cahiers français, n° 6, 1943.

[6J. Genet, Miracle de la rose, Marc Barbezat, L’Arbalète, Gallimard, coll. « Folio », 1946, p. 246.

[7J. Genet, Journal du voleur, Gallimard, coll. « Folio », 1949, p. 119, p. 167.

[8J. Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, Gallimard, coll. « Folio », 1948, p. 11, p. 308.

[9J. Genet, Journal du voleur, op. cit., p. 167.

[10J. Genet, Pompes funèbres, Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1953, p. 78, p. 268-269, p. 162.

[11J. Genet, Un captif amoureux, Gallimard, coll. « Folio », 1986, p. 385-386.

[12Entretien avec B. Poirot-Delpech, in J. Genet, L’Ennemi déclaré. Textes et entretiens, in Œuvres complètes VI, Gallimard, coll. « NRF », 1991, p. 233.

[13J. Genet, Miracle de la rose, op. cit., p. 9.

[14« Les enfants que nous étions à Mettray avaient déjà refusé la morale habituelle, la morale sociale de votre société parce que, dès notre arrivée à Mettray, nous acceptions très volontiers cette morale médiévale qui fait que le vassal obéit au suzerain, donc une hiérarchie très, très nette et basée sur la force, sur l’honneur […] et sur la parole donnée. » (entretien avec A. Bourseiller, in L’Ennemi déclaré, op. cit., p. 224-225).

[15J. Genet, Miracle de la rose, op. cit., p. 48.

[16Entretien avec H. Fichte, in L’Ennemi déclaré…, op. cit., p. 149.

[17Ibid., p. 149.

[18J. Genet, Pompes funèbres, op. cit., p. 45 et p. 98.

[19J. Genet, Journal du voleur, op. cit., p. 214.

[20J. Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, op. cit., p. 308.

[21« La vraie histoire de Horst Wessel, homme du milieu et héros de l’hymne national du IIIe Reich », Paris soir, 7 octobre 1939.

[22J. Genet, Miracle de la rose, op. cit., p. 58.

[23J. Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, op. cit., p. 308-309.

[24J. Genet, Pompes funèbres, op. cit., p. 29 et p. 66-67.

[25J. Genet, Journal du voleur, op. cit., p. 223.

[26L. van Dijk, La déportation des homosexuels : onze témoignages, Allemagne, 1933-1945, H&O éditions, 2000 ; Régis Schlagdenhauffen, Triangle rose. La persécution nazie des homosexuels et sa mémoire, Autrement, 2011.

[27Chantons sous l’Occupation (1976), cité par A. Kaplan, Intelligence avec l’ennemi. Le procès Brasillach, Gallimard, coll. « Folio », 2001, p. 36.

[28J. Genet, Notre-Dame-des-Fleurs, op. cit., p. 87.

[29Dans sa préface au livre de Michel Vanoosthuyse, Fascisme et littérature pure. La fabrique d’Ernst Jünger, Agone, 2005.

[30Dans son article « Fascism and Aesthetic Self-Fashioning : Politics and the Ritualised Body in the Poetry of Stefan George », Renaissance and Modern Studies, vol. 42, 1999.

[31J. Genet, Miracle de la rose, op. cit., p. 38.

[32J. Genet, « L’enfant criminel », in Œuvres complètes V, Gallimard, coll. « NRF », 1979, p. 382 sq.

[33Ibid., p. 389.

[34« Si la crémation prend une allure dramatique – soit qu’un homme, solennellement, soit brûlé et cuit vif, soit que la Ville ou l’État veuillent se défaire, pour ainsi dire en bloc, d’une autre communauté –, le crématoire, comme celui de Dachau, évocateur d’un très possible futur architecturalement échappant au temps, au futur comme au passé, cheminée toujours entretenue par des équipes de nettoyage qui chantent […] des lieder ou qui sifflent juste des airs de Mozart, entretiennent encore la gueule ouverte de ce four où sur des grilles jusqu’à dix ou douze cadavres à la fois peuvent être enfournés, une certaine forme de théâtre pourra se perpétuer, mais si dans les villes les crématoires sont escamotés ou réduits aux dimensions d’une épicerie, le théâtre mourra. » (L’Étrange Mot d’…, 1967, in J. Genet, Théâtre complet, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2002, p. 879).

[35J.-P. Sartre, « Qu’est-ce qu’un collaborateur ? » (août 1945), Situations III. Lendemains de guerre, Gallimard, NRF, 1949, p. 58. Voir également J.-P. Sartre, « Drieu la Rochelle ou la haine de soi » (avril 1943), in M. Contat, M. Rybalka, Les Écrits de Sartre, Paris, Gallimard, NRF, 1970, p. 650-651.

[36J.-P. Sartre, Saint Genet comédien et martyr, in J. Genet, Œuvres complètes I, Gallimard, NRF, 1952, p. 138, p. 230.

[37J. Genet, Pompes funèbres, op. cit., p. 262.

[38J.-P. Sartre, Saint Genet comédien et martyr, op. cit., p. 194-195.

[39Pour reprendre l’expression de A. Laignel-Lavastine, Cioran, Eliade, Ionesco. L’oubli du fascisme : trois intellectuels roumains dans la tourmente du siècle, PUF, 2002.

[40J. Genet, Un captif amoureux, op. cit., p. 423.

[41J. Genet, Le Balcon, in Théâtre complet, op. cit., p. 318, p. 330.

[42J. Genet, Un captif amoureux, op. cit., p. 425.

[43Ibid., p. 424 sq.

[44J. Genet, Les Paravents, in Théâtre complet, op. cit., p. 629 sq.

[45J. Genet, « Quatre heures à Chatila », in L’Ennemi déclaré, op. cit., p. 255. Sur l’antisémitisme de Genet et son dégoût pour Israël, voir É. Marty, Bref Séjour à Jérusalem, Gallimard, coll. « L’Infini », 2003.

[46K. Theweleit, Männerphantasien, Verlag Roter Stern, 1979, 2 vol. ; E. Kosofsky-Sedgwick, Epistemology of the Closet, University of California Press, 1990 [recensé sur la Vie des Idées : http://www.laviedesidees.fr/Dire-sa-sexualite.html].



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