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Les apories de la ville durable, 1

La ville autosuffisante

Malgré son succès récent, l’expression « ville durable » reste confuse. La Vie des Idées propose une série d’articles pour mieux comprendre cette notion et les enjeux qu’elle recouvre.

Encore peu présente dans le débat public en France il y a seulement dix ans, la notion de « ville durable » (Sustainable City) suscite aujourd’hui un intérêt certain auprès de l’État, des collectivités locales, des associations, des entreprises, des praticiens ou encore des chercheurs. Pourtant, tout comme celle de « développement durable » dont elle s’inspire, l’expression demeure passablement confuse. Plus encore, la question de son opérationnalité reste, aujourd’hui encore, largement ouverte. Né dans les années 1990 dans le sillage de l’écologie urbaine, dans un contexte marqué par la multiplication des politiques urbaines environnementales, le concept de « ville durable » soulève en effet plusieurs séries de contradictions sémantiques et pratiques.

Définie comme une ville totalement ou partiellement autosuffisante, c’est-à-dire une ville capable, pour assurer sa longévité, de satisfaire localement les besoins fondamentaux de ses usagers sans faire peser ses coûts de développement sur d’autres territoires, la ville durable pose tout d’abord le problème de l’articulation entre les enjeux environnementaux globaux et les logiques propres de son développement. En effet une ville, si elle ne souhaite pas peser négativement sur son environnement global, peut-elle durablement mettre en œuvre une stratégie de mutation « endogène », c’est-à-dire maîtriser l’impact de son extension et privilégier la compacité de son développement, recycler ses flux, équilibrer sa consommation et sa production, réduire ses dépendances, voire parer de manière efficace les menaces qui pèsent sur elle ?

Définie comme une ville équitable, c’est-à-dire une ville qui assure à ses citadins un minimum d’équité dans l’accès au logement et à ses aménités, aux services publics ainsi que dans la protection face aux risques, la ville durable pose ensuite le problème de l’efficacité sociale des procédures urbanistiques : en effet, pour peu qu’ils soient efficaces, les projets, normes, taxes et labels éco-urbains qui se multiplient depuis une dizaine d’années, ne prennent-ils pas le risque de servir de vitrines ou d’écrans captés par quelques acteurs de la ville et réservés à une catégorie de population, et par là même de renforcer les inégalités socio-spatiales ?

Définie comme une ville démocratique, c’est-à-dire qui fait de l’assentiment démocratique une condition nécessaire de son développement, la ville durable pose enfin le problème de l’adéquation entre une démarche globale de long terme et les règles classiques de fonctionnement institutionnel et la brièveté des cycles électoraux. Les stratégies d’ores et déjà mises en œuvre localement, alliant sensibilisation, concertation, négociation et élaboration collective de scénarii, sont-elles opératoires face à la complexité des problèmes posés ? Si elle ne veut pas être reléguée au rang d’alibi démocratique, de quelle façon la participation publique peut-elle juguler les processus de privatisation de l’espace urbain ou la technocratisation croissante des procédures ?

La Vie des Idées propose de revenir sur ces questions à travers une série de dossiers thématiques. Le premier est consacré à la question de la ville autosuffisante. À partir de l’exemple de la métropole parisienne, l’examen de la place des espaces agricoles, des enjeux de l’étalement urbain, de la gestion des ressources et des déchets, ou encore des risques climatiques, sont autant de prismes concrets à travers lesquels il est possible d’interroger les conditions d’un modèle de développement urbain « endogène ». Les contributions proposées, issues des champs de l’agronomie et de l’agriculture urbaine, de l’urbanisme, de l’environnement et de la climatologie, révèlent toutes la complexité de l’approche écologique du fait urbain.

Au sommaire du dossier :

Les articles du dossier

par Stéphane Füzesséry & Nathalie Roseau , le 25 mai 2010


Pour citer cet article :

Stéphane Füzesséry & Nathalie Roseau, « La ville autosuffisante », La Vie des idées, 25 mai 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Les-apories-de-la-ville-durable,1090.html

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