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Octobre 17 fut la référence politique et culturelle centrale de l’époque soviétique. Cent ans après, la société russe reste toujours profondément divisée face à son passé. Le centenaire de la révolution sera-t-il ce grand moment de réconciliation nationale souhaité par le pouvoir russe ?

Présenté comme l’aboutissement de l’Histoire mais aussi comme le début d’une ère nouvelle, Octobre 17 fut la référence politique et culturelle centrale de l’époque soviétique. Seule la Victoire de la Seconde Guerre mondiale parvint non pas à détrôner la « Grande Révolution socialiste d’Octobre », mais à la concurrencer. Le 7 novembre, le jour où les bolcheviks prirent le pouvoir, resta néanmoins la plus importante fête officielle.

La lente désacralisation d’Octobre 17

Depuis la disparition de l’URSS en décembre 1991, la vision d’Octobre 17 a radicalement changé. Toutefois, la désacralisation de la révolution d’Octobre ne fut pas aussi brutale qu’on le croit souvent, et elle est déjà perceptible durant la perestroïka (1985-1991). Certes, comme une grande partie de l’intelligentsia soviétique, Gorbatchev considère toujours qu’Octobre 1917 fut un « événement grandiose » qui représenta « l’heure de gloire de l’humanité », et il prône le « retour à Lénine » [1]. La Révolution aurait dérapé en raison d’erreurs commises à l’époque de Staline. Sur la place Rouge, les festivités du 7 novembre perdurent. Dès 1987 cependant, la grande parade se déroule dans un climat nouveau, empreint de joie et d’espoir en des changements politiques. En réalité, Lénine fait à ce moment déjà l’objet d’une timide mais réelle désacralisation. En témoignent les pièces de théâtre du dramaturge Mikhaïl Chatrov, qui met en scène un Lénine assailli à la fin de sa vie par les doutes et les hésitations [2]. Le héros invincible est redevenu un être humain. Or un être humain peut se tromper, et être critiqué.

En 1989, au moment où le bloc de l’Est se désagrège, la critique d’Octobre se fait de plus en plus forte. La découverte de l’ampleur des répressions, des millions de victimes du stalinisme, la publication de textes auparavant censurés – notamment Vie et Destin de Vassili Grossman et L’archipel du goulag de Soljenitsyne –, entraîne dans son sillage la chute de Lénine. Dans Lénine à Zurich, un texte de Soljenitsyne que les citoyens soviétiques découvrent en 1989, Lénine est dépeint comme un homme égoïste, sans scrupules. Quant à l’écrivain Vladimir Solooukhine, dans son texte En lisant Lénine (1989), il accuse le dirigeant bolchévique de génocide contre son propre peuple, au nom d’Octobre 1917 [3].

Jusqu’en 1990, le rite immuable de la commémoration perdure. Toutefois, les festivités de la Révolution ne sont plus que le miroir de la crise que traverse le régime soviétique : en 1989, une manifestation alternative a lieu à Moscou, alors que des drapeaux soviétiques sont brûlés en Arménie et en Géorgie, où la parade est annulée. Le 72e anniversaire de la Révolution montre au monde entier une URSS en crise et certaines républiques au bord de la révolte. En 1990, plusieurs villes et républiques soviétiques, notamment les républiques baltes, refusent de commémorer la révolution d’Octobre. À Moscou, deux défilés se déroulent en parallèle. Le traditionnel défilé officiel a lieu sur la place Rouge, où des missiles mobiles SS-25 d’une portée de 10 000 kilomètres sont déployés, comme pour mieux rassurer les Soviétiques sur les capacités de défense de leur pays et montrer à l’Occident que l’URSS reste une puissance mondiale. Au même moment, un autre défilé, contestataire, rassemble tous les mécontents dans les rues de la capitale.

La Révolution en procès

Le 7 novembre 1991, avant même la disparition de l’URSS, aucun défilé n’a lieu à Moscou : Boris Eltsine, président de la Russie, n’en veut plus. Dès la disparition de l’URSS, la Russie postsoviétique entre dans l’ère du libéralisme et des réformes. L’heure est à la dénonciation du « totalitarisme stalinien » qu’aurait engendré la révolution d’Octobre. En 1993 paraissent les premiers manuels d’histoire de la Russie. La Révolution y est souvent présentée comme un événement ayant brisé le développement naturel d’une Russie résolument entrée dans l’ère des réformes au début du 20e siècle. Les bolcheviks auraient remporté la victoire uniquement en raison du manque de perspicacité et d’audace politique des autres dirigeants politiques. D’ailleurs, on ne parle plus d’une révolution, mais d’un coup d’État réalisé par un petit groupe d’individus isolés, néanmoins organisés et disciplinés [4].

Durant quelques années, on ne compte plus les œuvres de vulgarisation historique ni les films qui promeuvent une vision idéalisée de la Russie tsariste prérévolutionnaire, dirigée par des Romanov soudain parés de toutes les vertus. La Russie que nous avons perdue, titre du film de Stanislav Govoroukhine (1992), symbolise cette époque d’idéalisation de la dynastie des Romanov, de l’Empire russe, de l’orthodoxie, qui va de pair avec la diabolisation de Lénine et de la Révolution. Certains règlent leur compte avec celui qu’ils percevaient il y a encore peu comme un prophète. Dans sa biographie de Lénine, rapidement traduite en plusieurs langues, l’historien Dmitri Volkogonov, qui se définit comme un « ancien stalinien passé dans la douleur au rejet absolu du totalitarisme bolchevique », dépeint un Lénine « malveillant et perfide », dont les origines juives et allemandes permettent d’expliquer son mépris à l’égard des Russes : « Il aurait été prêt à donner sans hésiter la moitié de la Russie européenne aux Allemands, pourvu qu’il puisse rester au pouvoir ! » [5]. Volkogonov a beau être critiqué par des historiens qui lui reprochent ses erreurs factuelles, ainsi que sa façon de prendre ses aises avec la vérité historique, ses ouvrages correspondent à l’air du temps et rencontrent un énorme succès auprès du public russe [6].

Quant à l’anniversaire d’Octobre, ils ne sont plus qu’une poignée de nostalgiques du communisme à le célébrer chaque 7 novembre. Comble de l’ironie, ces hommes et ces femmes, parmi lesquels de nombreux laissés-pour-compte des réformes libérales, qui défilent en brandissant des portraits de Lénine et de Staline, sont perçus comme des conservateurs qui refusent la liberté et la démocratie promises tant par le régime libéral.

Le retour des figures autoritaires

Or, pour la grande majorité de la population de Russie, les résultats positifs des réformes libérales se font attendre. Au milieu des années 1990, la Russie est plongée dans une profonde crise sociale et économique, qui atteint son apogée en 1998. La vision idéalisée d’une Russie tsariste marchant résolument sur la voie du progrès occidental ne fait plus recette. Dès 1998, aux côtés des manuels d’histoire de la Russie à teneur libérale, on en trouve d’ouvertement monarchistes dans les librairies russes. Les révolutionnaires sont présentés, du plus modéré au plus radical, comme des ennemis intérieurs, des traîtres à la patrie, des fanatiques ayant fait disparaître le tsarisme en 1917 par le crime et la terreur. La révolution d’Octobre symbolise le crime absolu [7]. Toutefois, si ces manuels expriment un rejet de l’idéologie libérale, dominante depuis le début des années 1990, ils témoignent aussi du retour des figures autoritaires, fussent-elles tsaristes ou soviétiques. Les sondages réalisés durant ces années démontrent une nette amélioration de la perception de Staline au sein de la société russe, en particulier dès l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, en 2000.

Comme l’affirme celui-ci en 2003, les manuels d’histoire doivent éveiller chez l’écolier un sentiment de fierté à l’égard de son pays. Lentement, les grands axes de la politique stalinienne sont de plus en plus ouvertement présentés de façon positive. Cette tendance connaît son apogée entre 2007 et 2009. De nouveaux manuels d’histoire du 20e siècle et du début du 21e siècle, faisant partie d’un important projet d’élaboration de nouveaux standards d’éducation au niveau fédéral, tentent de réunir l’histoire de l’URSS en un ensemble cohérent. Celle-ci est dépeinte comme tragique, mais empreinte de grandeur : la violence d’État, les répressions, la famine de 1932-1933 y sont présentés comme une conséquence de ce que les auteurs des manuels appellent la « modernisation forcée », grâce à laquelle le pays a pu remporter la victoire contre l’Allemagne nazie. Pour Poutine, les manuels d’histoire doivent éveiller un sentiment de fierté à l’égard du paysLa période stalinienne est décrite comme une période de sacrifice, mais surtout de grandeur, de réussite et de gloire. Les années poststaliniennes sont dépeintes comme une période de lent affaiblissement du pays, en raison d’erreurs des dirigeants politiques, qui mèneront, avec Gorbatchev, à la chute de l’URSS [8]. Lorsqu’en 2009, une inscription en l’honneur de Staline est restaurée dans la station de métro Kourskaïa à Moscou, beaucoup d’observateurs, en Russie et ailleurs, estiment que le pouvoir russe est en passe de réhabiliter officiellement Staline.

La « Grande Révolution russe »

Si le passé ne doit plus être dépeint de façon négative, afin que l’écolier russe puisse être fier de son pays, si toute l’histoire russe, tsariste et soviétique doit être réinscrite dans un ensemble cohérent, comment, alors, parler de la Révolution russe ? Comment l’expliquer aux enfants, ces futurs citoyens russes ? Les manuels d’histoire publiés dès 2007 indiquent une réponse, dans une tentative de résoudre le nœud douloureux que constituent, pour le pouvoir russe, les processus révolutionnaires : les révolutions de Février et d’Octobre ainsi que la guerre civile y sont réunis en un seul bloc, intitulé la « Grande Révolution russe », dans une volonté explicitée par les auteurs de placer cette dernière au même niveau que la « Grande Révolution française ». En effet, par son importance historique et universelle, « seule la Révolution française […] trouve sa place aux côtés de la Révolution bolchévique ».

La chute du tsarisme en février 1917 représente ainsi la première étape d’un « processus révolutionnaire unique », qui englobe la prise de pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917. La révolution de Février fut la « réponse spontanée du peuple » à la crise du système étatique de la Russie. Elle fut la conséquence de l’ « incapacité » de la classe dirigeante « de maintenir la Russie à une place dans le monde qui soit à la hauteur de son histoire et de son potentiel ». Les échecs militaires et les difficultés économiques durant la Première Guerre mondiale en témoignent. Dans ces conditions, l’abdication de Nicolas II en février 1917 fut inévitable, tout comme la prise de pouvoir par les bolcheviks, qui créeront ensuite « un pouvoir plus effectif que le pouvoir qui fut détruit ». La « centralisation autoritaire », gage de la puissance étatique russe, sera achevée par Staline. La dimension tragique de la guerre civile est soulignée, mais les manuels insistent aussi sur le fait que la Russie est sortie de cette « grande tragédie » encore plus forte qu’auparavant, en devenant l’URSS. Dans ce schéma, il n’y a plus à désigner de coupables, ni à mettre l’accent sur les visions politiques divergentes. Les « Blancs » comme les « Rouges » ont lutté pour une Russie forte : impériale pour les Blancs, soviétique pour les Rouges [9].

L’omniprésence de la Révolution

Même si l’expression « Grande Révolution russe », présente dans les nouveaux manuels d’histoire publiés à la fin de l’année 2016, est aujourd’hui de plus en plus utilisée par les historiens également [10], cela ne signifie pas que l’interprétation des événements révolutionnaires soit la même pour tous. L’expression permet de souligner l’importance, pour la Russie et pour le monde, de la Révolution russe. Elle permet d’intégrer Octobre dans un processus révolutionnaire plus large, ce que les historiens s’attachent à faire depuis la disparition de la version soviétique d’Octobre 17, qui imposait un lourd silence sur la révolution « bourgeoise » de Février. En réalité, dans la Russie actuelle, la Révolution divise toujours les esprits. Pour certains, notamment les communistes, elle reste la « Grande Révolution socialiste d’Octobre ». Chaque 7 novembre, emmenés par le dirigeant du parti communiste russe Guennadi Ziouganov, les nostalgiques du communisme défilent dans les rues de Moscou en brandissant des portraits de Lénine et de Staline. Pour les libéraux russes en revanche, Octobre fut un coup d’État. Le 7 novembre 2016, le dirigeant du parti libéral russe Iabloko, Serguei Mitrokhine, déposait devant le bâtiment du Ministère de la défense des fleurs et une plaque à la « gloire des défenseurs de la démocratie et de l’Assemblée constituante ». Ces hommes, expliquait-il, résistèrent armes à la main aux bolcheviks qui venaient de dissoudre l’Assemblée constituante en janvier 1918 car ils n’y avaient pas obtenu la majorité des voix.

Quant au discours du pouvoir russe, il est empreint de rhétorique antirévolutionnaire. Toute tentative de remise en cause de l’autorité de l’État est immédiatement diabolisée par le pouvoir, qui voit derrière chaque acte d’opposition politique, derrière chaque protestation sociale, poindre les forces contestataires de toute révolution. Les « révolutions de couleur », en 2003 en Géorgie et en 2004 en Ukraine, les mouvements de protestation des années 2011-2012 en Russie, mais surtout les manifestations antigouvernementales en Ukraine en 2014, qui marquèrent la chute du pouvoir de Viktor Ianoukovitch, ne sont pas oubliés.

Le pouvoir veut faire disparaître la révolution de l’espace public. En 1996 déjà, la journée du 7 novembre avait été renommée « Journée de l’unité et de la réconciliation ». En 2004, elle perd même son statut de fête officielle. Une année après, en 2005, le 4 novembre devient jour férié, proclamé « Journée de l’unité nationale », en mémoire de la fin des interventions étrangères – en particulier polono-lituaniennes – dans la Russie moscovite en 1612. Cet événement marqua la fin d’une période historique dramatique que l’on nomme, en Russie, le temps des Troubles, et qui fut suivi de l’avènement de la dynastie des Romanov. La suppression des célébrations de la révolution d’Octobre témoigne ainsi de la volonté du pouvoir de faire disparaître la révolution de l’espace public et de la remplacer par un événement historique susceptible de réconcilier la société russe.

Véritable gageure, tant la Révolution reste omniprésente dans le paysage russe, à commencer par Moscou : Lénine repose toujours dans son mausolée sur la place Rouge, et il y a de fortes chances pour qu’il y reste. Trop profonde est la crainte que retirer Lénine de son mausolée pour l’enterrer ne suscite plus de controverses et de polémiques que son maintien. À Moscou, de nombreuses rues portant toujours des noms liés à la Révolution ou à leurs acteurs, que ce soit la rue Kroupskaïa (femme de Lénine), la rue Maria Oulianova (mère de Lénine), la rue Dmitri Oulianov (frère de Lénine), ou encore l’avenue Soixantième anniversaire d’Octobre. Les stations de métro ne sont pas en reste, jusqu’aux plus centrales : la station Octobre tout d’abord, devant laquelle s’élève une monumentale statue de Lénine et à partir de laquelle commence la fameuse Avenue Lénine, une des principales artères de Moscou, qui s’étire en ligne droite sur treize kilomètres ; la station Bibliothèque Lénine ensuite, à l’intérieur de laquelle Lénine observe d’un air grave les usagers du métro qui passent devant lui ; la station Place de la Révolution enfin, située devant la place Rouge et décorée de 76 sculptures en bronze symbolisant le nouveau monde soviétique.

Comment commémorer ?

Alors, faut-il commémorer la Révolution ? Et si oui, comment ? La question est plus complexe qu’il n’y paraît pour le pouvoir russe. En effet, comment commémorer un événement qui s’oppose à tout ce qu’il prône : la stabilité, les traditions, l’autorité, le respect de l’État ? En janvier 2016, durant une réunion du gouvernement, Vladimir Poutine affirma : « Nous n’avions pas besoin d’une révolution mondiale ». Mais est-il possible de passer sous silence une Révolution qui « ébranla le monde », selon les célèbres mots de John Reed ? En automne 2017, partout dans le monde, on ne comptera plus les colloques, tables rondes, documentaires et publications consacrés à la Révolution. Ce sera le cas en Russie également, où de nombreux événements liés au centenaire se dérouleront dans le milieu scientifique et académique.

En réalité, le titre d’une table ronde organisée en mai 2015 sous l’égide du Ministre de la culture Vladimir Medinski – « Le centenaire de la Grande Révolution russe : compréhension au nom de la consolidation » – laisse entrevoir quelle sera la teneur du discours officiel au moment des commémorations. Comme l’explique Vladimir Medinski, celles-ci devront tout à la fois promouvoir la continuité du développement historique de la Russie, de l’Empire russe à la Fédération de Russie en passant par l’URSS, condamner la terreur révolutionnaire, et souligner – ce qui résonne comme un avertissement dans la Russie actuelle – qu’il n’est jamais bon de compter sur une aide étrangère pour régler des problèmes internes. Enfin, évoquer les différends idéologiques entre les Rouges et les Blancs, pointer des coupables sera moins important que de souligner que les deux camps, que pourtant tout opposait en 1917, voulaient la « prospérité de la Russie et une vie meilleure sur terre ».

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Statue de Lénine, Moscou

Consolider, et surtout réconcilier la société, c’est encore l’idée qui perce en janvier 2017 lorsque Vladimir Poutine invite la très officielle Société historique russe à former un comité d’organisation des commémorations de la Révolution. Comme l’a répété Serguei Narychkine, qui dirigea la Douma d’État de Russie de 2011 à 2016 et qui est aussi le président de la Société historique russe, le jubilé de la Révolution « ne doit pas servir à organiser des événements solennels », il ne doit pas être « fêté ». Il s’agira avant tout de « réfléchir aux événements qui ont eu lieu il y a cent ans et d’en tirer les leçons », les principales étant « la valeur de l’unité et de la solidarité citoyenne, la capacité de la société à trouver des compromis aux tournants les plus difficiles de l’histoire, afin d’éviter la fracture radicale dans la société sous forme de guerre civile ».

Le pouvoir russe aura ainsi à cœur, durant les commémorations de la Révolution, de « tirer les leçons » de 1917. Il sera soutenu en cela par le patriarche de Moscou, Cyrille Ier, qui a déclaré le 30 décembre 2016 que le terme « célébrations » était inapproprié pour commémorer le centenaire des événements de 1917 : « il ne s’agit pas de célébrer le centième anniversaire de la tragédie, mais de commémorer cette date en toute conscience ». Les commémorations des événements de 1917 doivent générer « une réflexion profonde et des prières sincères » afin que de telles « erreurs » ne puissent plus se reproduire aujourd’hui.

Si l’usage politique que le pouvoir russe entend faire du centenaire de la Révolution – commémorer pour réconcilier, et susciter l’adhésion au pouvoir – s’attire déjà des critiques (ici et ) en Russie, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, la société russe est toujours divisée au sujet de son passé, qu’il s’agisse de Lénine et de la Révolution, de Staline, ou encore de Gorbatchev. En ce sens, le centenaire de la Révolution sera un moment délicat, ce dont les autorités de Moscou, qui appellent à en faire un moment de réconciliation nationale, ont bien conscience. Toutefois, en demandant à la Société russe d’histoire d’organiser les commémorations du centenaire, le pouvoir russe montre aussi qu’il accepte de déléguer et de collaborer avec la communauté historienne. Et à analyser la longue liste des événements – expositions, publications, conférences, tables rondes, projets de recherche, événements mémoriels, films, documentaires – qui ont été approuvés par le comité d’organisation du centenaire de la Révolution, on se dit qu’à défaut de réconcilier une société russe aujourd’hui profondément divisée, l’année 2017 enrichira notre vision de la Révolution de 1917. À tout le moins, ces commémorations permettront d’affiner notre lecture de la position de la société russe à l’égard de la Révolution et de ses acteurs.

Pour citer cet article :

Korine Amacher, « L’embarrassante mémoire de la Révolution russe », La Vie des idées , 14 avril 2017. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-memoire-encombrante-de-la-Revolution-russe.html

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par Korine Amacher , le 14 avril

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Notes

[1Mikhaïl Gorbatchev, Perestroïka. Vues neuves sur notre pays et le monde, Paris, Flammarion, 1987.

[2Mikhaïl Chatrov, Plus loin…, plus loin…, plus loin !, Moscou, Knijnaïa Palata, 1989 (en russe).

[3Vladimir Solooukhine, En lisant Lénine, Frankfurt am Main, Possev-Verlag, 1989 (en russe).

[4Korine Amacher, « Héros ou ennemis de la patrie ? Les révolutionnaires russes du XIXe siècle dans les manuels d’histoire de la Russie », in K. Amacher, L. Heller (dir.), Le retour des héros : la reconstitution des mythologies nationales à l’heure du postcommunisme, Louvain-la-Neuve, Academia Bruylant, 2009.

[5Dimitri Volkogonov, Le vrai Lénine. D’après les archives secrètes soviétiques, Paris, Robert Laffont, 1995.

[6Korine Amacher, « Révolutions et révolutionnaires en Russie. Entre rejet et obsession », Revue d’études comparatives est-ouest, 45/2, 2014.

[7Korine Amacher, « Héros ou ennemis de la patrie ? », art. cité.

[8Korine Amacher, « Les manuels d’histoire dans la Russie postsoviétique : visions multiples et nouvelles tendances », Le cartable de Clio, Revue suisse sur les didactiques de l’histoire, n° 9, 2009.

[9Korine Amacher, « Révolutions et révolutionnaires en Russie », art. cité.

[10Alexandre Choubine, La Grande Révolution russe : de Février à Octobre 1917, Moscou, Rodina Media, 2014 (en russe).



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