par Nicolas Duvoux & Florian Mayneris [20-03-2009]
Domaine : Société
Dossier(s) : Familles : nouvelles réalités, nouveaux regards
Mots-clés : famille
La famille a changé. Quelles sont les implications socio-économiques de ses transformations ? Ce dossier explore les nouvelles contraintes économiques, politiques, juridiques et symboliques qui pèsent sur les familles aujourd’hui.
Cette semaine, deux articles éclairent la répartition économique du pouvoir au sein du couple. Quelle peut-être l’influence de la fiscalité sur le partage des tâches ménagères dans le couple ? Comment le « marché du mariage » peut-il expliquer les variations du taux d’activité des femmes ?
Les sociétés contemporaines sont le lieu d’une transformation profonde des modalités de la construction du lien familial. Au centre de ces évolutions se trouve la remise en cause de la famille comme institution. La famille repose ainsi de plus en plus sur un lien de type contractuel, comme l’analysent Ulrich Beck ou François de Singly. La place et la représentation de l’enfant ont également été bouleversées. Les liens affectifs entre parents et enfants se sont en effet développés au détriment des logiques d’investissement dans la progéniture. Des recherches récentes en sciences économiques et sociales éclairent différents aspects de cette réalité complexe et mouvante, où les choix et contraintes des individus interagissent avec des régulations politiques, juridiques, économiques, sociales et symboliques de plus en plus interreliées.
La Vie des idées a souhaité rassembler un ensemble de contributions sur ce thème, en donnant la voix à des chercheurs qui développent des regards originaux sur la famille. La famille étant désinstitutionnalisée, le lien conjugal peut, à certains égards, être analysé comme une transaction passée sur un marché matrimonial où les acteurs seraient soumis, comme pour l’obtention d’autres ressources, à des contraintes liées à la rareté des conjoints potentiels (voir l’article de Shoshana Grossbard). La libéralisation du droit privé conduit également à une évolution profonde des comportements.
Cependant, les transactions qui se déploient au sein de la famille contiennent de fortes dimensions symboliques, touchant aux aspects les plus structurants de l’identité des individus et des groupes. Avec l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, tendance dont la pérennité est sujette à interrogations, la distribution sociale et sexuée des tâches, qui rend généralement plus difficile pour les femmes la conciliation entre vie privée et vie professionnelle, est désormais au cœur des recherches sur la régulation politique des sociétés et mobilise les dimensions les plus intimes de la vie individuelle et sociale (voir l’article d’Elena Stancanelli). De même, la crise économique actuelle réinterroge le rôle de la famille dans la construction de modèles d’État-providence et de systèmes de solidarité.
Au sommaire :
Salaires, régime d’imposition et répartition des tâches domestiques, par Elena Stancanelli
Les tâches ménagères et le travail salarié sont très inégalement répartis entre hommes et femmes. Elena Stancanelli montre que le régime d’imposition peut influer sur ce partage des tâches. La déclaration conjointe de revenu décourage les femmes gagnant beaucoup moins que leur époux de travailler. Le passage à une déclaration séparée permettrait d’équilibrer le temps alloué par les époux entre travail domestique et activité professionnelle.
Version originale en anglais : Wages, taxation system and distribution of domestic chores, by Elena Stancanelli
Travail des femmes et « marché du mariage » aux USA, par Shoshana Grossbard
Aux États-Unis, les hommes ont en moyenne deux ans de plus que leur épouse. Lorsque les enfants nés au cours d’un boom démographique arrivent en âge de se marier, les femmes sont plus nombreuses sur le « marché du mariage » que les hommes, leur pouvoir de négociation est donc moindre. Pour Shoshana Grossbard, les variations de taux d’activité des femmes seraient ainsi en partie expliquées par les conditions démographiques sur le marché du mariage.
Version originale en anglais : Labour force participation of women and « marriage market » in the USA, by Shoshana Grossbard
Et prochainement, dans ce dossier :
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par Nicolas Duvoux & Florian Mayneris [20-03-2009]
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