La campagne des idées
Entretien avec Fanny Bugeja
par David Bornstein & Pauline Peretz [24-02-2012]
Domaine(s) : Société
Mots-clés : inégalités | pauvreté | logement | France
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Le logement est une cause majeure d’inégalité, en particulier entre les jeunes et les plus de 65 ans. Cette inégalité a été renforcée par des politiques qui ont négligé le locataire pour favoriser l’accès à la propriété. Pour la sociologue Fanny Bugeja, il est urgent de garantir un accès pour tous au logement, notamment en ciblant mieux les aides sur ceux qui en ont le plus besoin.
En 20 ans, le poids du logement dans le budget des ménages s’est considérablement alourdi, au point de devenir insupportable pour certains. C’est le cas des locataires du secteur privé mais aussi, dans une moindre mesure, des locataires du parc social, en particulier des jeunes et des ménages modestes. Le coût de l’espace disponible a presque doublé en 20 ans pour les locataires du secteur privé alors qu’il est resté quasiment stable pour les propriétaires, y compris les propriétaires endettés. Dans le même temps, le profil-type du locataire s’est modifié : il s’est rajeuni et paupérisé, sous l’effet de l’insertion plus tardive et plus difficile des jeunes sur le marché de l’emploi et de l’accroissement des exigences bancaires pour l’obtention d’un emprunt immobilier.
Les inégalités générationnelles au regard du logement ont atteint un niveau inacceptable. Le logement pèse en effet bien trop lourdement sur le budget des jeunes adultes locataires, contraints de réduire considérablement la part des dépenses qu’ils consacrent aux loisirs. A l’inverse, les plus de 65 ans sont pour, trois sur quatre d’entre eux, propriétaires de leur résidence principale et n’ont plus à payer de crédit immobilier. Dégagés de cette contrainte financière, ils peuvent consacrer aux loisirs une place de plus en plus importante dans leur mode de vie.
À ces inégalités générationnelles s’ajoutent des inégalités entre jeunes, selon qu’ils sont ou non aidés par des parents eux-mêmes propriétaires. La jeunesse non aidée est non seulement pénalisée par la faiblesse du soutien parental (niveau de l’aide financière, absence de caution pour l’accès à la location, etc.) mais aussi par l’absence d’aide de l’État ou de la collectivité.
La politique de logement a raté ses objectifs. Elle n’a pas permis d’alléger, comme elle en avait l’ambition, la contrainte budgétaire du logement pour les jeunes et les plus démunis. Au contraire, un des effets de l’Aide Personnalisée au Logement (APL) aux jeunes et aux étudiants a été la hausse des loyers des logements qui leur étaient destinés. De même, les mesures en faveur de l’accession à la propriété (le Prêt à taux zéro notamment) ont favorisé la hausse des prix immobiliers et profité majoritairement à des ménages aisés qui seraient devenus propriétaires même en l’absence de tels dispositifs.
Les gouvernements successifs ont fait le choix de soutenir prioritairement l’accession à la propriété ; cette politique s’est accélérée à partir de 2007. Or cette logique patrimoniale et conservatrice s’est faite au détriment de la location. L’époque du locataire tout-puissant et des loyers bas des années 1960, durant laquelle il n’était pas rare d’être locataire une vie entière, est aujourd’hui bel et bien révolue. La politique du logement a donc conduit à la reproduction des inégalités sociales de génération en génération.
par David Bornstein & Pauline Peretz [24-02-2012]
David Bornstein & Pauline Peretz, « Faire une France de bien-logés. Entretien avec Fanny Bugeja », La Vie des idées, 24 février 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Faire-une-France-de-bien-loges.html
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