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Des étudiants entre études et emplois

À propos de : Vanessa Pinto, À l’école du salariat. Les étudiants et leurs « petits boulots », Puf


Travail d’appoint, piège ou point d’appui pour l’entrée dans la vie professionnelle, les significations de l’emploi étudiant sont multiples. La sociologue Vanessa Pinto en montre également les fonctions et les coûts : faire une main d’œuvre adaptée au marché du travail, au risque de réduire le temps de la jeunesse.

Recensé : Vanessa Pinto, À l’école du salariat. Les étudiants et leurs « petits boulots », Paris, Puf, Le lien social, 2014. 350 p., 29 €

Dans la conclusion de son livre, alors qu’elle revient sur la question de la démocratisation de l’enseignement supérieur au moment où l’injonction à la professionnalisation des formations se fait insistante, Vanessa Pinto invite à interroger « les conditions sociales de possibilité » d’un « glissement du statut d’étudiant exerçant un "travail à côté" – un "job" pour "financer les études" – à celui de salarié qui suit "la fac à côté" » (306). L’augmentation constante du nombre d’étudiants amenés à se salarier durant une partie de leur temps, non seulement pendant les périodes de vacances mais aussi durant l’année universitaire, mettrait-elle donc en péril leur situation d’étudiant avant tout, voire le statut d’étudiant en général ? La question porte d’ailleurs plus loin, au-delà du strict statut d’étudiant, puisque le « travail étudiant » – pour reprendre ici une expression qui s’est peu à peu imposée malgré ses ambiguïtés – pourrait aller jusqu’à mettre en cause ce nouvel âge de la vie, désigné par le mot jeunesse. V. Pinto formule ainsi cette autre interrogation : « L’incitation au cumul entre emploi et études n’aurait-elle pas pour effet de remettre en question la définition de la jeunesse qui a émergé avec l’allongement des scolarités, celle d’une période biographique marquée par une forme d’insouciance et d’irresponsabilité provisoire ? » (304)

Ces questions apparaissent à la fin de l’ouvrage, à la suite de développements qui non seulement les font surgir mais qui permettent aussi de cerner la situation créée par l’augmentation récente – à la suite de la seconde explosion scolaire, celle qui a drainé un afflux de « nouveaux » étudiants vers l’enseignement supérieur, l’université en particulier –, des effectifs d’étudiants qui exercent une activité salariée plus ou moins prenante durant l’année universitaire. L’ouvrage comporte trois parties : l’auteur s’attache d’abord à cerner « les contours de l’emploi étudiant » et à caractériser ces étudiants qui travaillent pendant leurs études. Elle examine, dans la seconde partie, « la place de la main-d’œuvre étudiante au sein du marché du travail » et définit deux pôles majeurs du travail étudiant. Elle aborde, dans sa troisième partie, « les usages sociaux de l’emploi étudiant » et détermine trois situations ou, plus exactement, trois trajectoires possibles pour ces étudiants salariés selon qu’ils occupent un emploi d’appoint, sans incidence notable sur leur parcours d’études, un emploi qui anticipe sur leur perspective professionnelle ou alors un emploi qui risque de les enfermer dans une trajectoire prévisible d’incertitude sinon de précarité. Parcourons donc ces trois étapes avant de revenir aux questions évoquées d’entrée.

État des lieux

Si le nombre d’étudiants qui occupent un emploi salarié pendant l’année universitaire a crû, notamment au cours des trente dernières années, la proportion d’étudiants concernés se serait, étonnamment, maintenue à un niveau quasi inchangé : « en lien avec la hausse du nombre d’inscrits dans l’enseignement supérieur (…), les effectifs des étudiants salariés ont augmenté, tandis que la proportion d’étudiants salariés parmi les étudiants est restée relativement stable » (81). L’arrivée dans l’enseignement supérieur, depuis la seconde explosion scolaire, d’étudiants issus de milieux plus modestes aurait pourtant pu donner crédit à l’hypothèse d’une augmentation de la part des étudiants contraints, pour des raisons économiques, de se salarier durant leurs études. Or, nous dit l’auteur, « sur la longue période, la principale transformation semble concerner les types d’emplois occupés » (id.). Cette évolution tient sans doute aux transformations du marché des emplois plus ou moins réservés aux étudiants mais davantage encore aux transformations des définitions sociales de l’emploi étudiant, auxquelles est consacré le premier chapitre de l’ouvrage. Cette dernière évolution enregistre l’affirmation progressive de l’emploi étudiant conçu comme « expérience professionnelle », valorisable dans le cursus universitaire ou à l’entrée dans la vie active.

Cette évolution nous paraît essentielle et mérite d’être soulignée : la nouvelle définition sociale de l’emploi étudiant n’allait pas de soi, d’autant moins que l’emploi étudiant avait été longtemps considéré soit comme une nécessité pour ceux dont les ressources familiales étaient insuffisantes pour faire face au coût de leurs études, soit comme un emploi d’appoint, permettant à l’étudiant d’accéder à certaines consommations, dont le job d’été constituait en quelque sorte l’archétype. Or cette conception a été progressivement supplantée par une autre, qui tient aux préoccupations d’insertion professionnelle des étudiants au terme de leurs études. Le souci de l’insertion professionnelle des étudiants entretient notamment une exigence complémentaire : la professionnalisation de l’enseignement supérieur, de celles de ses filières dont les effectifs ont crû plus vite que les débouchés auxquels elles conduisaient antérieurement, les filières menant à l’enseignement dans le secondaire notamment. Dans ce contexte, « l’emploi étudiant devient une ressource à étudier comme telle et même à valoriser » (47). De là à considérer que, « au même titre que les apprentissages académiques, les emplois étudiants pourraient se voir accorder une valeur éducative », il n’y a qu’un pas. Que d’aucuns s’empressent de franchir !

L’emploi salarié prend une place variable dans les cursus étudiants selon l’avancement des études mais aussi selon l’origine sociale des étudiants. « Si les phases biographiques de "la dépendance", de "l’émancipation progressive" puis de "l’établissement" sont traversées par l’ensemble des étudiants, néanmoins leurs modalités diffèrent nettement selon les catégories d’étudiants. » (85) De la première phase à la seconde, « les activités rémunérées les plus occasionnelles sont peu à peu remplacées par des activités plus régulières et davantage liées aux études, tandis que pendant l’été, la proportion d’étudiants qui travaillent continue de croître » (89) ; la part des stages, généralement liés aux études, est prépondérante mais ils sont plus souvent rémunérés pour les enfants de cadres que pour les enfants d’ouvriers. Durant la phase d’établissement, « la proportion d’étudiants exerçant un emploi intensif non lié aux études augmente dans toutes les catégories d’étudiants, tout en demeurant plus élevée chez les filles d’ouvriers » (91). Pour la plupart d’entre eux le revenu tiré de l’emploi est devenu indispensable. Par-delà les traits communs l’auteur souligne que « inégaux face aux études (…) et face à leur financement (…), les étudiants issus des diverses catégories sociales le sont aussi du point de vue de leur avenir » (95).

Les étudiants : une main d’œuvre adaptée à certains secteurs d’activité

Les emplois que les étudiants occupent durant leurs études ne sont, en effet, pas étrangers à l’issue de leurs études et à leur insertion professionnelle ultérieure. Avant d’y revenir plus loin, l’auteur nous invite, dans la deuxième partie de son livre, à nous intéresser à la place de la main d’œuvre étudiante sur le marché du travail. « Idéalement adaptée à certains secteurs », elle semble constituer, nous dit V. Pinto en reprenant une formulation de K. Marx, comme une « armée de réserve industrielle ou [tertiaire] qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l’avait élevée et disciplinée à ses propres frais » (103). L’auteur relève aussi que « les diverses fractions d’étudiants sont inégalement ajustées aux différents postes, entre lesquels le contenu de l’activité et les aptitudes requises varient » (104). Pour approcher les modes d’ajustement à l’œuvre entre ces différentes fractions d’étudiants et les emplois qu’ils occupent durant leurs études, l’auteur s’est appuyée sur « trois ensemble d’enquêtes ethnographiques », réalisées « au sein de la restauration rapide, dans le secteur des centres d’appels et dans l’animation socioculturelle » (ibid.). Ces secteurs sont, nous dit-elle, situés tous les trois « dans une zone floue de l’espace des emplois étudiants » (id.), dont l’indétermination laisse les possibles ouverts.

Au pôle culturel, certains étudiants manifestent diverses qualités en quelque sorte naturelles, de la disponibilité dont ils font preuve à leur hexis corporelle conforme en passant par leurs aptitudes relationnelles, qui semblent les prédisposer à occuper les emplois offerts dans l’animation culturelle dite occasionnelle, notamment dans les centres de loisirs. Le champ de l’animation est, en effet, structuré par l’opposition entre pratiques professionnelle et occasionnelle. Si « les étudiants ne sont pas tous ajustés » (121) aux réquisits de ceux qui sont chargés de les recruter, notamment lorsqu’ils « voient dans l’emploi d’animateur une activité rémunérée temporaire sans montrer de dispositions pour ce poste » (122), à l’instar de professionnels blasés, il n’en ressort pas moins que « les animateurs les plus temporaires (les plus dotés) sont, de façon apparemment paradoxale, les plus conformes aux exigences du poste » (123). L’auteur développe un certain nombre d’exemples : ainsi Elsa et Fleur parlent-elles de leur emploi d’animatrice comme d’un « petit boulot à vocation », à l’opposé des petits boulots « alimentaires, comme ceux de la vente ou de la restauration » (126). En ce sens, les étudiants tendent à paraître, aux yeux de ceux qui défendent une conception militante de l’activité d’animation, comme leurs « héritiers légitimes » (115).

Au pôle commercial, l’enquête a porté sur des étudiants occupant des emplois d’équipier dans des fast-food ou de téléacteur dans les centres d’appel. Si ces derniers, souvent « issus des fractions supérieures des classes populaires ou du pôle économique de la petite bourgeoisie » et « inscrits dans de petites écoles de commerce », vivent leur emploi « comme une expérience enrichissante, comme une initiation au monde de l’entreprise » (146), il n’en va pas de même pour les premiers, « le travail en fast-food [faisant] généralement partie des emplois étudiants les moins valorisés » (172). Nouveaux étudiants – au sens où ils sont souvent les premiers dans la lignée familiale à entreprendre des études supérieures –, leurs parcours universitaires sont fréquemment « faits d’essais, d’échecs, de reclassements et d’abandons successifs » (168). Mais leur manière d’exercer leur activité entre généralement en correspondance avec les prescriptions managériales dans la mesure où ils ont tendance à « prendre le travail comme un jeu, c’est-à-dire comme une activité pratiquée dans un espace et un temps clairement délimités et n’ayant pas d’enjeu hors de lui-même » (167). A supposer toutefois que l’emploi ne les éloigne pas irrémédiablement de leurs études et ne les piège, ne les enferme dans un temps sans issue.

Les usages de leurs emplois par les étudiants

La question qui se profile est alors celle de « la place de ces emplois au sein des trajectoires individuelles » (199) : non plus l’usage de la main d’œuvre étudiante par le marché du travail, comme précédemment, mais l’usage que les étudiants font de leurs emplois pendant leurs études et, plus encore, ses conséquences sur leurs trajectoires ultérieures. C’est l’aspect du travail étudiant que l’auteur aborde dans la troisième partie de son livre. L’analyse l’amène à dégager trois pôles « qui correspondent à la fois à trois types de rapports à l’avenir – qu’on appellera "le provisoire", "l’anticipation" et "l’éternisation" – et à trois modes d’articulation entre emploi et études – "la dissociation", "l’ajustement" et "la substitution" » (198). Dans le premier cas, « l’activité rémunérée est éloignée des études suivies mais exercée de manière relativement détachée et occasionnelle » (id.). Dans le deuxième cas, l’emploi est perçu « comme cohérent avec la filière où ils sont inscrits et préparatoire au métier qu’ils comptent exercer par la suite » (ibid..). Dans le troisième cas enfin, « l’emploi exercé provisoirement devient durable (…) au point de prendre progressivement la place des études » (199). De ces trois cas de figure, c’est le dernier qui apparaît le plus problématique : l’emploi exercé durant les études semble se refermer comme un piège sur ceux qui l’occupent.

L’emploi étudiant vécu sur le mode du provisoire correspond à « l’usage qui semble le plus aller de soi » (201) : il renvoie à l’idée commune de l’emploi étudiant comme activité à côté, parfois imposée par la nécessité, mais « qui n’engage à rien » (id.). Il fait référence à la représentation commune de l’emploi étudiant qui avait cours avant que celui-ci ne tende à se convertir en expérience professionnelle, valorisable au sein du cursus d’études ou par la suite, au moment de l’entrée dans la vie active. Mais venons-en à l’emploi qui anticipe sur la carrière ultérieure : l’« "expérience professionnelle" paraît ainsi, aux yeux de ces étudiants, dotée d’une valeur formatrice, autant – sinon plus – que leur parcours scolaire : l’idée selon laquelle la "pratique" vaut mieux que la "théorie" revient de manière récurrente dans leurs discours. » (219) L’emploi est, ici, « censé contribuer à faire advenir un futur souhaité » (219). Nous pourrions avancer que, dans le cas de l’éternisation, l’emploi occupé durant les études contribue également à faire advenir un futur, même s’il n’était pas souhaité au départ. L’étudiant ne construit pas ici son avenir de la même manière, il se trouve bien plutôt pris dans un engrenage qui l’éloigne des études qu’il avait entamées et qui l’amène, peu à peu, à accepter la pérennisation d’une situation d’abord envisagée comme provisoire.

Dans ce dernier cas de figure, l’emploi finit par prendre, « une place plus importante que celle que [ces étudiants] accordent à leurs études » (253). Et l’auteur de poursuivre : « il peut, par glissements successifs devenir durable : ils n’ont plus alors d’autre avenir que l’éternisation d’un présent marqué par l’occupation d’un emploi non qualifié » (ibid.) Khadija est exemplaire d’un tel parcours : elle ressemble à tant d’étudiants parvenus au seuil de l’enseignement supérieur au terme de scolarités secondaires le plus souvent moyennes mais susceptibles de leur ouvrir la perspective d’une mobilité sociale ascendante au terme d’études supérieures. Dès lors, « si Khadija a pu, un temps, accéder à l’Université et à un mode de vie étudiant, néanmoins elle semble n’avoir pu retirer de ce passage les ressources qui lui auraient permis de réduire la puissance des mécanismes de reproduction des rapports de classe et de genre » (289). Son emploi l’accapare trop et elle tend, de son propre aveu, à être « plus salariée qu’étudiante » (275). Ces parcours semblent pourtant susceptibles d’offrir parfois, au delà de l’enfermement, un peu plus que la seule résignation à un avenir plus subi que souhaité : l’auteur a développé plus tôt le cas d’étudiants dont l’engagement dans la restauration rapide paraît avoir ouvert la possibilité d’une carrière.

Un drôle de moratoire ?

Ce temps qui aboutit, à la suite de renoncements divers, peut-il être désigné comme un « temps vide » (295) ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’un temps d’hésitation, au cours duquel l’individu va être amené à choisir entre, d’un côté, des études souvent engagées sans idée claire du but poursuivi ni des exigences d’un parcours universitaire, en somme des études envisagées sans conviction forte et, de l’autre côté, des alternatives liées à l’entrée dans une vie adulte, mettant en jeu l’accès à une source de revenu, la décohabitation familiale et la fondation d’une nouvelle cellule familiale ? L’abandon de leurs études par ces étudiants qui en sont venus, subrepticement et sans en avoir vraiment décidé, à consacrer plus de temps à leur emploi qu’à leurs études les éloigne certes de la perspective d’une ascension sociale au moyen de l’école, entrevue sinon espérée au moment de l’entrée dans l’enseignement supérieur. Sans doute risquent-ils de se trouver relégués, pendant un temps du moins, sur un segment aléatoire du marché du travail. Mais rien ne permet d’éliminer cette autre hypothèse selon laquelle la période qui les voit basculer des études vers la vie active via des emplois d’abord considérés comme des emplois d’appoint aurait fonctionné comme un temps de latence, au cours duquel se sont dénoués d’autres enjeux.

L’exemple de Khadija – mais aussi ceux d’Amadou ou de Tan – pourrait donner consistance à l’hypothèse. Khadija a entrepris des études dans la filière AES après avoir obtenu un baccalauréat technologique du secteur tertiaire et avoir entamé, dans un premier temps, la préparation d’un BTS du secteur commercial. Elle s’engage, parallèlement à son cursus universitaire, dans un emploi de téléacteur : alors qu’elle avait abandonné son BTS par apprentissage (qui lui assurait donc un petit revenu) pour disposer de plus de temps, elle consacre une partie de ce temps à un emploi salarié, alors même qu’elle n’avait pas nécessité de travailler, sinon pour « acquérir certains biens de consommation destinés aux "jeunes" » (259). Sans pouvoir ici entrer dans plus de détails, il semble bien que l’objectif prioritaire de Khadija ait été, précisément, de s’octroyer ce temps de la jeunesse, a priori étranger à sa culture d’origine. Et de s’octroyer ce temps de la jeunesse nécessaire pour ajuster d’autres aspects de sa vie et, notamment, envisager le mariage et la fondation d’une famille. Etait-il alors possible de cerner et d’étayer ces hypothèses au cours de deux entretiens « réalisés à un an d’intervalle » (255) ? Il nous semble, au contraire, que l’analyse des évolutions de Khadija aurait exigé un suivi plus rapproché.

Si nous nous permettons cette remarque, ce n’est, bien sûr, pas pour mettre en cause la qualité du travail d’enquête mené par V. Pinto : nous voudrions au contraire souligner la grande rigueur de son entreprise ethnographique, dont l’auteur rend compte longuement et précisément dans l’introduction de son livre. Il nous semble plutôt que le discours tenu par l’auteur reste peut-être trop prisonnier d’une conception de la mobilité sociale qui n’aurait d’autre ressource que l’école et dont l’inconvénient serait d’avoir entrainé un défaut d’attention aux processus longitudinaux en jeu dans les atermoiements et finalement l’abandon de leurs études par des individus dont les enjeux n’étaient peut-être pas d’abord liés d’abord à la réussite scolaire. Sans doute faudrait-il aussi s’interroger sur les motifs sociaux de telles dispositions ; il n’en reste pas moins que les comportements de Khadija comme ceux d’Amadou ou de Tan tendent à conforter une hypothèse alternative sur le décrochage de ces jeunes qui « choisissent » finalement de privilégier leur « petit boulot » d’étudiant, parfois dans l’espoir de faire carrière dans le sillage de cet emploi. Rien n’empêche, par ailleurs, de considérer que l’exercice de leur emploi n’ait été source d’une expérience professionnelle valorisable en d’autres circonstances.

Il n’y a certes pas, dans cette appréciation, consentement aux discours idéologiques qui ont amené à la transformation de la définition sociale de l’emploi étudiant proposée par V. Pinto. Son analyse n’est pas seulement convaincante, elle nous paraît décisive dans la perspective d’un dévoilement des sous-entendus implicites dans les manières de parler le social. Tout comme nous paraissent pertinentes et nécessaires les analyses qui font l’intérêt fondamental de ce livre pour quiconque souhaite se pencher sur la condition étudiante aujourd’hui. Nous voudrions notamment souligner l’extrême pertinence de la question que nous évoquions d’entrée, relative à la remise en cause du temps de la jeunesse. Oui, il nous paraît tout à fait essentiel de poser cette question et la manière dont V. Pinto la file dans son livre est éclairante. Tout se passe désormais comme si une certaine volonté de limiter les scolarités (des plus modestes) en passait aujourd’hui par une dénonciation de scolarités trop longues, trop abstraites et trop éloignées des exigences d’une mise au travail rapide des nouvelles générations. Comme s’il fallait réduire ce temps – certes dépensé parfois à des activités « frivoles », selon le mot de Parsons – gagné difficilement, au prix de luttes séculaires sur la mise au travail et consacré à l’éducation des jeunes et à leur accès à la culture.

Un livre donc qui peut certes prêter à certaines discussions mais un livre nécessaire, éclairant et passionnant.

Pour citer cet article :

Henri Eckert, « Des étudiants entre études et emplois », La Vie des idées , 27 novembre 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Des-etudiants-entre-etudes-et.html

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par Henri Eckert , le 27 novembre 2014

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