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Peut-on être à la fois victime, exécuteur et témoin de la Shoah ? Quelles furent les différentes attitudes des Polonais face à leurs voisins juifs avant, pendant et après les grandes déportations de 1942 ? Sur la base de nouvelles sources, de récentes publications américaines et polonaises apportent un éclairage neuf sur des questions encore brûlantes.

Recensés :

Barbara Engelking, Jest jak piękny słoneczny dzień...Losy Żydów szukających ratunku na wsi polskiej 1942-1945 [Il fait si beau aujourd’hui. Destins de Juifs cherchant de l’aide dans la campagne polonaise, 1942-1945], Varsovie, Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów, 2011, 288 p., 34 zlotys.

Jan Grabowski, Judenjagd. Polowanie na Żydów 1942-1945. Studium dziejów pewnego powiatu [Judenjagd. La chasse aux Juifs 1942-1945. Étude de l’histoire d’un canton], Varsovie, Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów, 2011, 257 p., 34 zlotys.

Jan Tomasz Gross et Irena Grudzińska-Gross, Złote żniwa. Rzecz o tym, co się udało na obrzeżach zagłady Żydów [Les moissons d’or. Aux marges de l’extermination des Juifs], Cracovie, Éditions Znak, 2011, 206 p., 36,90 zlotys.

Après Les Voisins en 2000, qui racontait la participation des habitants du village polonais de Jedwabne au meurtre de masse de leurs voisins juifs, brûlés vifs dans une grange à l’été 1941, après La Peur [1], qui donnait une explication à la responsabilité des Polonais dans les pogromes perpétrés au sortir de la guerre contre les rescapés juifs de la Shoah, l’historien et sociologue polono-américain Jan Gross lance dans son dernier livre, Les moissons d’or [2], un nouveau pavé dans la mare des débats sur les relations polono-juives [3]. L’auteur prolonge sa réflexion sur la participation des Polonais aux crimes commis contre leurs voisins juifs, en mettant l’accent sur leur motivation principale : l’appât du gain et un enrichissement possible grâce au fameux « or juif » bien plus fantasmé que réel – une thèse déjà avancée par l’historien dans son précédent livre.

Une spoliation à tous les niveaux

Dans leur court ouvrage qui tient plus de l’essai que de la monographie méticuleuse, Jan Gross et l’historienne de la littérature Irena Grudzińska-Gross, co-auteure du livre, procèdent à un inventaire des différentes formes d’appropriation par les Polonais des biens des Juifs, vivants ou morts, dans chaque étape menant à l’extermination de ces derniers. L’appropriation des biens commence durant la phase de ghettoïsation avec les biens meubles ou immeubles laissés derrière eux par les Juifs ou qu’ils mettaient en dépôt chez leurs voisins polonais. La spoliation des Juifs se poursuit avec leurs biens qui deviennent une monnaie d’échange contre de la nourriture par-delà les murs des ghettos où l’on meurt de faim et jusqu’au verre d’eau vendu à prix d’or par des paysans peu scrupuleux au passage des wagons à bestiaux en route vers les camps de la mort. Ces biens sont aussi le seul moyen d’obtenir un abri pour la nuit ou pour quelques mois pour ceux qui sont passés de l’autre côté des barbelés ou cherchent à se cacher après les grandes déportations qui vident la majorité des ghettos de Pologne entre le printemps et l’automne 1942. Leur bien maigre fortune – simples vêtements, chaussures, couvertures ou machines à coudre – permet enfin d’acheter pour un temps les maîtres chanteurs qui menacent à tout instant de dénoncer à la Gestapo les Juifs qu’ils ont identifiés [4].

Cette appropriation des biens ne s’arrête pas là puisque les morts sont aussi minutieusement déshabillés, fouillés, jusqu’à leurs dents en or qu’on arrache. Ces moissons macabres se déroulèrent non seulement a posteriori lorsque les sites des camps de la mort étaient fouillés après que ceux-ci eurent cessé de fonctionner – au sortir de la guerre, Treblinka était surnommé le Colorado polonais [5] – mais également sur les dépouilles de Juifs capturés et assassinés, soit par les autorités nazies (le plus souvent sur dénonciation polonaise, précisément en vue d’obtenir les biens de ces dépouilles en récompense de leurs efforts), soit par les Polonais eux-mêmes qui tuaient « leurs » Juifs, parfois après les avoir cachés et alors que leurs ressources arrivaient à épuisement.Cet inventaire, et en particulier les épisodes de ces macabres moissons, sert à montrer en quoi cette appropriation des biens juifs fut « indissolublement liée » (p. 18) au meurtre de leurs propriétaires. « La participation à l’assassinat des Juifs donne le droit de posséder leurs biens » (p. 77), expliquent les auteurs des Moissons d’or, mettant à jour les transactions entre les autorités occupantes et les populations locales, les premières promettant à ces dernières, outre des récompenses en nature – quelques kilos de sucre –, les vêtements des Juifs capturés grâce à leur concours. Reprenant des analyses et des résultats établis pour l’essentiel par leurs collègues polonais, les auteurs avancent une explication fondamentale pour comprendre cette attitude envers les Juifs durant la guerre. D’après les témoignages qu’ils ont recueillis et qu’ils présentent dans leur essai, on peut constater que le pillage des biens juifs comme la persécution et jusqu’au meurtre de ces derniers était considéré comme un « fait social et non comme un comportement aberrant d’un groupe d’individus dépravés » (p. 52), une « pratique sociale » prouvée notamment par les discours de l’époque, par exemple des rapports envoyés au gouvernement polonais en exil à Londres par la résistance intérieure, qui considèrent comme « une attitude patriotique » (p. 131) le fait de s’emparer des biens des Juifs plutôt que de les laisser aux Allemands [6]. Plus encore, l’élimination physique des Juifs, plus impliquant sur le plan émotionnel, serait aussi une « norme sociale » car elle nécessite a minima l’assentiment par le silence des voisins, sinon leur coopération : « La planification de l’élimination de tous les représentants d’un groupe déterminé […] est impossible sans la coopération des voisins les plus proches, car eux seuls savent qui est qui au sein de la société locale » (p. 138).

Jan Gross avance enfin, entre les lignes, une explication à cette « pratique sociale » (p. 193) de l’appropriation des biens des Juifs par tous les moyens, du chantage au meurtre : le « changement des normes des comportements acceptables dans la relation aux Juifs » (p. 128). Les habitants des campagnes et des bourgs polonais cessèrent de considérer les Juifs comme des hommes et se mirent à les traiter comme des « défunts en vacances » [7], comme l’écrivit dès l’époque des faits l’historien et archiviste du ghetto de Varsovie, Emmanuel Ringelblum. Il fallait donc au préalable déshumaniser les voisins juifs pour rendre possible ce type de comportement ultra-violent à leur égard. Gross pense très certainement aux effets de la propagande nazie, ce « bacille du nazisme » [8] qui avait contaminé la société polonaise et dont Gross faisait l’un des éléments majeurs pour comprendre l’antisémitisme d’après-guerre, décrit dans La Peur.

Les motivations du crime

C’est ici que l’on peut regretter que les auteurs ne développent pas davantage les raisons de ce basculement des normes sociales qu’ils décrivent si justement. En l’absence d’une argumentation solide pour étayer cette thèse, on pourrait objecter, avec d’autres auteurs spécialistes des relations polono-juives et de l’antisémitisme polonais, qu’il est au contraire difficile de soutenir que la Seconde Guerre mondiale a introduit une rupture dans des schémas de pensée au contraire très anciennement et solidement ancrés dans les mentalités de la société polonaise [9]. Bien sûr, l’occupation nazie et la vision quotidienne des atrocités commises par les nazis ont sans aucun doute conduit à une « brutalisation » de la société polonaise, à une accoutumance à la violence, qu’on peut suivre notamment en lisant le journal de bord tenu par le Dr Klukowski, médecin polonais dans la région de Zamość [10]. Mais au regard des simples faits – violences spontanées commises au sortir de la Première guerre mondiale ou dans les années 1930 et existence de discours radicaux expliquant dès 1936 que si les Juifs ne quittent pas d’eux-mêmes la Pologne, « il faudra les considérer comme des parasites et comme tels, utiliser à leur encontre des actions exterminatrices » [11] – on doit admettre que l’antisémitisme était profondément enraciné dans la société polonaise.

On pourrait donc estimer, à l’instar de l’historienne de la littérature Maria Janion ou de l’anthropologue polonaise Joanna Tokarska-Bakir que la division classique entre l’antisémitisme pré-moderne, à base essentiellement religieuse, caractérisant l’antisémitisme polonais d’avant-guerre et l’antisémitisme moderne, à base raciale, des nazis, serait à revoir : « L’antisémitisme pré-moderne […] dans sa narration symbolique, assigne au Juif de véritables ‘lieux d’insécurité’ qui peuvent à tout moment disparaître de la surface de la terre » [12]. Autrement dit, la potentialité de l’anéantissement serait contenue en tant que telle dans l’antisémitisme et en organiserait sa structure.

De la même façon, on peut considérer comme assez contradictoires les réflexions des auteurs des Moissons d’or sur le supposé « or juif » comme moteur principal des actes délictueux des voisins polonais. Des nombreux témoignages cités dans le livre confirment que la conviction selon laquelle l’on pourrait s’enrichir en faisant chanter des Juifs ou en dérobant leurs biens après les avoir dénoncés ou assassinés, était fort répandue. Pourtant, les mêmes faits indiquent que les butins récoltés se révélaient bien maigres. En effet, on doit rappeler ici que les premiers auteurs des pillages étaient les Allemands eux-mêmes, ne laissant que des miettes à la population locale… Mais on pourrait rétorquer qu’à l’aune de la pauvreté extrême régnant dans les campagnes polonaises, c’était « déjà ça » et que, en particulier dans ces même campagnes où les voisins juifs étaient bien connus avant-guerre, les paysans étaient parfaitement conscients du dénuement de leurs futures victimes. L’« or juif » était donc un stéréotype, un fantasme antisémite servant d’alibi à la haine bien davantage qu’une réalité objective.

D’ailleurs, on peut relever cette contradiction dans l’un des chapitres du livre où les auteurs racontent tout d’abord l’histoire d’une jeune mère juive, violée et battue à mort avec ses enfants âgés de trois et quatre ans, par une vingtaine de paysans qui la connaissaient depuis l’enfance. Comme le dit la personne qui rapporte les faits, c’est un geste « pour le simple plaisir, personne ne retira rien » [13]. Cette anecdote, terrible, dépeignant le crime gratuit est immédiatement suivie d’une autre, celle du Juif Marian Haba, tué par la population du village de Cholerzyn, non loin de Cracovie, parce qu’ils avaient appris qu’il cachait 5kg d’or [14]. Alors, crimes gratuits ou motivés par l’argent ? Chaque témoignage apporte son explication. On peut donc considérer comme quelque peu schématique ce modèle d’explication essentiellement basé sur la seule causalité économique…

Intuitions versus méthodologie

Et c’est bien ici que réside le cœur du problème concernant Les Moissons d’or. Comme dans ses précédents livres, Jan Gross est davantage intéressé par les questionnements et l’anecdote qu’il développe en essai. Ici, il part d’une photographie prise probablement sur le site de Treblinka à la fin de la guerre et montrant des fossoyeurs en quête d’or, à la fin d’une journée de travail – ou bien arrêtés par les autorités polonaises, nous ne sommes pas vraiment sûrs [15]. À partir de cette photographie qui sert de fil conducteur au récit, l’auteur parvient, certes avec brio, à pointer du doigt les zones d’ombre et cas de conscience de la société polonaise. Il présente des hypothèses percutantes et qui par le passé se sont souvent révélées justes. C’est ainsi qu’à la suite de son livre Les Voisins, l’Institut de la Mémoire nationale (IPN) nouvellement constitué, a mené sa première grande enquête pour vérifier les faits et, s’il a légèrement revu le nombre de victimes avancé par Gross à la baisse, il a également révélé qu’il s’était produit une vingtaine d’autres « Jedwabne » au moins, dans toutes les régions qui ont basculé d’une occupation à l’autre dans la Pologne de 1941. À l’époque aussi, ce livre avait accéléré les recherches d’universitaires polonais, qui se sont enfin emparé de la thématique des relations polono-juives durant la guerre et ont commencé à regarder de plus près l’immense corpus de sources à leur disposition dans leur propre pays – témoignages de milliers de rescapés juifs recueillis par les commissions historiques juives mises en place au lendemain de la guerre d’une part ; d’autre part, les procès d’après-guerre menés en vertu d’un décret d’août 1944 permettant de poursuivre les auteurs d’actes de « collaboration avec l’ennemi » [16].

Mais, dix ans plus tard, le rapport s’est inversé : Jan Gross utilise les recherches novatrices de ses collègues polonais comme support de ses propres essais. Ses intuitions laissent le lecteur un peu sur sa faim. Partant du principe que quelques témoignages suffisent à décrire une situation générale et utilisant la méthode de la « description dense » [17] des comportements humains replacés dans leur contexte, il affirme – à juste titre – que toute estimation chiffrée relative à la Shoah, comme le nombre de Juifs tués par les paysans polonais en Podlachie ou la valeur moyenne de leurs biens, étant impossible, mieux vaut se concentrer sur « le sort de personnes concrètes » pour comprendre l’époque tout entière (p. 41-42). Le problème de cette méthode est que l’on peut arriver à des conclusions totalement opposées à celles de Gross en sélectionnant autrement les témoignages. En se concentrant par exemple sur les récits des sauveteurs ou de ceux qui ont bénéficié de leur aide, l’image des campagnes polonaises serait tout autre.

Pourtant, c’est sur les travaux de ses collègues Jan Grabowski et Barbara Engelking notamment que Gross s’appuie. Or ces derniers ne délaissent pas les méthodes quantitatives. Ces deux auteurs avaient déjà utilisé un corpus représentatif de plusieurs centaines de documents pour dresser respectivement les portraits de délateurs et de maîtres chanteurs en Pologne et à Varsovie durant la guerre [18]. Dans son dernier livre sorti en même temps que les Moissons d’or, Jan Grabowski se livre cette fois à une estimation chiffrée du nombre de Juifs cachés, tués et rescapés dans un arrondissement rural (en polonais powiat) du sud-est de la Pologne, entre 1942 et 1945.

Le district de Dąbrowa Tarnowa dont il est question est constitué de 100 hameaux et villages et était peuplé avant-guerre de 66 678 personnes dont 4 807 Juifs, selon le recensement de 1931. La majorité d’entre eux vivaient dans les deux bourgs principaux où furent établis des ghettos en janvier 1940, mais une minorité significative était répartie dans des villages plus petits. Ils purent y rester jusqu’à leur déplacement forcé dans les deux ghettos à l’été 1942, soit juste avant la liquidation de ceux-ci, les Juifs encore en vie étant déportés vers le camp de la mort de Bełżec [19]. C’est alors que commence la chasse aux Juifs qui avaient échappé à la ghettoïsation ou à la liquidation des ghettos, pour se cacher dans les alentours du powiat.

Les statistiques établies par l’historien montrent que sur les quelques 5 500 à 6 000 Juifs [20] du powiat, seuls 150 à 200 ont survécu à la guerre, dont 100 parce qu’ils avaient fui en URSS. On peut donc en déduire que 50 à 100 Juifs tout au plus ont survécu en se cachant [21]. Grabowski a pu retracer le parcours de 277 Juifs qui se sont cachés, parmi lesquels seuls 38 ont survécu. La mort des 239 autres, entre 1942 et 1945, victimes de la chasse aux Juifs est mise sur le compte de la gendarmerie allemande dans 91 cas (dont 87 sur dénonciation polonaise) mais de la police « bleu marine » (granatowa policja) [22] dans 93 cas (dont 82 sur dénonciation). La participation directe de paysans concerne 6 cas seulement mais sans doute plus, étant donné que 49 morts ne sont pas élucidées quant à leurs auteurs [23]. Autrement dit, les forces de l’ordre polonaises ont au moins autant tué de Juifs que les nazis et la participation indirecte de la population polonaise a été massive.

Quant au profil des paysans accusés de crime contre les Juifs durant les procès d’après les décrets d’août 1944, il fait apparaître, sur un total de 135 accusés, une majorité d’hommes de 30 ans et plus, d’aisance moyenne (d’après leurs possessions terriennes) – et non des jeunes marginaux, comme on l’a répété à l’envi dans l’historiographie de la Pologne communiste. C’est finalement la « campagne moyenne » [24] qui prit part au crime, observations semblables à celles établies pour la ville de Varsovie par le même auteur dans son précédent ouvrage.

La Shoah à la campagne

Ce livre est important à plus d’un titre. Tout d’abord, il se concentre sur la situation des Juifs dans les campagnes, beaucoup moins bien étudiée et connue que celle des grands ghettos, Varsovie et Łódź en tête. Or l’extermination des Juifs à la ville et à la campagne se déroula de façon tout à fait différente. Les Juifs vivant dans les grandes et moyennes villes se trouvèrent parqués dans les ghettos dès le début de la guerre et isolés du reste de la société. Les liens commerciaux, amicaux et parfois même familiaux qui unissaient la minorité juive à la société polonaise furent d’un coup rompus. Rappelons que la politique d’enfermement des Juifs se généralise en Pologne à partir du printemps 1940. Les ghettos étaient « conçus comme une halte temporaire sur le chemin d’une complète expulsion » [25], mais ils devinrent vite une réalité qui s’installa dans le paysage urbain polonais dans des centaines de villes. Les Juifs deviennent dès lors invisibles pour les « Aryens », subrepticement, même si parfois des nouvelles inquiétantes, quelques fugitifs ou des travailleurs forcés franchissaient les barrières.La liquidation des ghettos n’a pas toujours été remarquée par les citadins aryens.

À la campagne et dans les bourgs, la situation était très différente : en général, les Juifs purent rester chez eux, ou s’ils furent contraints se déplacer dans le petit ghetto le plus proche, ils purent garder des contacts avec l’extérieur. En effet, en dépit des interdictions – du reste rarement respectées dans les campagnes – il était encore possible de commercer, de pratiquer les petits métiers artisanaux ou encore de travailler à la ferme. Ces liens maintenus avec le reste de la société polonaise pouvaient-ils favoriser les bonnes relations de voisinage et, ainsi, aider les Juifs à trouver refuge le moment venu ? La lecture de l’ouvrage de Jan Grabowski montre qu’il n’en fut rien.

La parole des victimes

Dans son livre Jest tak piękny słoneczny dzień (« Il fait si beau aujourd’hui »), la psychologue Barbara Engelking parvient aux mêmes conclusions, à l’échelle du pays tout entier cette fois-ci, mais toujours en se concentrant sur le monde rural. L’auteure a choisi, à partir de témoignages de Juifs rescapés de la Shoah, privilégiant en majorité ceux recueillis dès le lendemain de la guerre, ainsi qu’à partir des actes des procès des décrets d’août 1944, de donner le point de vue des Juifs cachés ou tentant de se cacher dans les campagnes polonaises, pour échapper aux déportations et à la mort, entre 1942 et 1945. Elle essaie de dégager les motivations pour entreprendre de se cacher, les différentes stratégies et va jusqu’au plus sombres recoins de ces histoires, nombreuses citations à l’appui, en insistant en particulier sur celles qui ont échoué, à savoir, les Juifs dénoncés et arrêtés, sinon directement tués.

Bien que le point de vue adopté, et partant, la construction même de son ouvrage, soit celui de la victime juive, Barbara Engelking, en psychologue, s’interroge également sur les motivations de ceux qui ont caché et/ou dénoncé et/ou tué ces Juifs. L’immense intérêt de cette succession de narrations commentées est de montrer la complexité de la situation : on sort totalement de l’image en noir et blanc – Justes désintéressés versus une poignée de délateurs dépravés –, pour avoir un dégradé de gris : des Juifs cachés le plus souvent en échange de biens, et souvent, lorsque les moyens de dédommagement arrivent à épuisement (ce qui peut être très rapide lorsque les sommes demandés sont exorbitantes), les Juifs cachés peuvent être au mieux expulsés, au pire dénoncés à la police polonaise ou aux gendarmes allemands, voire parfois même tués de la main même de leur hôte. Se dessine aussi, en creux, le portrait d’une campagne où les portes se ferment aux Juifs demandant asile ou simplement à manger, où des voisins en dénoncent d’autres qui cachent des Juifs pour des motifs plus ou moins clairs : querelle de voisinage, jalousies, sentiment d’injustice de voir l’autre s’enrichir, appât du gain de la récompense en cas de dénonciation ou bien souvent aussi, et mêlée, la peur des représailles collectives.

La « chasse aux Juifs » et le rôle des autorités polonaises locales

Enfin, chacun à sa manière, ces deux livres qui traitent des campagnes polonaises durant la guerre donnent un éclairage inédit sur le phénomène encore peu étudié pour la Pologne de la « chasse aux Juifs » ou Judenjagd, en mettant notamment en lumière le rôle déterminant des autorités locales pour accroître l’efficacité de ces macabres battues.

Le concept de Judenjagd ou « chasse aux Juifs » fut introduit pour la première fois dans l’historiographie par l’historien Christopher Browning [26] décrivant l’activité du 101e Bataillon de réserve de la police allemande en Pologne, bataillon responsable de la mort directe – par assassinat par balle – de 38 000 Juifs et indirecte – par arrestation et déportation à Treblinka de 45 000 autres. Le terme a été inventé par les hommes du 101e et Browning l’adopte pour désigner une étape dans le processus de destruction des Juifs de Pologne et d’Europe, la troisième [27] : la première étant la destruction indirecte en isolant les Juifs dans les ghettos, où la mort survient par famine, maladies et travail forcé ; la seconde étant l’extermination directe ou les déportations et les assassinats en masse dans les camps de travail et de mise à mort. Dans cette troisième étape, il s’agit d’exterminer ceux qui ont échappé aux déportations. On peut distinguer deux phases dans cette dernière étape : la première, qui suit immédiatement les déportations et dure quelques dizaines de jours tout au plus est la recherche systématique effectuée par les Allemands dans et aux alentours des ghettos liquidés. La seconde dure jusqu’à la fin de la guerre et consiste à rechercher, arrêter et assassiner les Juifs qui se cachent encore. C’est celle-ci qui nécessite le plus le concours de la population locale pour aider les Allemands à débusquer les Juifs cachés.Peut-on donner une estimation du nombre de Juifs qui furent concernés par cette chasse ? Tout chiffre est problématique. Néanmoins, les historiens s’accordent à présent pour dire qu’environ 10% des 3 millions de Juifs polonais tentèrent d’échapper aux déportations : seuls 40 à 50 000 étaient encore en vie en 1945, en ayant survécu cachés sur le territoire du Gouvernement Général. On compterait donc entre 200 et 250 000 victimes directes ou indirectes (morts de froid ou de famine dans leurs cachettes) de cette chasse aux Juifs [28].

La question suivante qui se pose, notamment dans les recherches récentes et dans les ouvrages abordant la thématique de cette chasse aux Juifs en Pologne, est d’évaluer l’ampleur de la participation polonaise à cette chasse ou pour faire bref : combien de morts sur ces 250 000 sont directement imputables aux « voisins » polonais ? C’est ici que réside le grand mérite du travail de Jan Grabowski, celui de montrer la complexité de la notion de participation au crime. Cette participation fut-elle volontaire ou forcée ? L’étude du rôle des différentes autorités locales permet de mieux saisir cette distinction.

Dans les campagnes, le rôle traditionnel du gouvernement local fut décisif dans la mise en place d’une chasse mortelle pour les Juifs. La commune rurale (gmina) – qui rassemble plusieurs hameaux (wieś) – est en général dirigée par un maire (wójt) nommé par le chef du district (staroste). À leur arrivée en Pologne, les nazis remplacent la plupart des maires par des fidèles Allemands ethniques (Volksdeutschen). Le rôle des maires est triple : mobiliser l’agriculture pour la mettre au service de l’économie de guerre allemande ; trouver des volontaires pour le travail en Allemagne ; transmettre les ordres nazis aux populations locales. À l’échelon inférieur, le hameau est dirigé par le chef de village ou soltys, qui lui, est souvent resté en place, sur ordre même des Allemands. Les soltys, respectés par leurs administrés qui les ont choisis, acquièrent de nouveaux pouvoirs et surtout doivent exécuter les ordres allemands, notamment lors des déportations de Juifs (fournir les chariots de transport des Juifs et les gardiens en recrutant les paysans du village, etc.). Après la liquidation des ghettos, ils deviennent les gardiens des biens juifs meubles et immeubles. Enfin, ils doivent mettre en place les organisations dites d’auto-défense locales : rondes de nuit (pour surveiller notamment les réserves de grain), brigades de pompiers volontaires, gardes spéciaux (dziesięnicy), dont le but premier est de lutter contre le vol, le marché noir, le banditisme et la résistance armée.

Ce sont ces groupes-là qui vont être les plus efficaces pour la chasse aux Juifs, que celle-ci soit décrétée sur ordre allemand répercuté par le wójt, ou qu’elle soit spontanée. Le plus souvent toutefois, elle est le résultat de la pression de l’occupant qui veut un nombre défini de victimes sous peine de représailles contre le soltys. Plus pervers encore, en cas de résultat insuffisant des battues, les représailles concernent des « otages » préalablement désignés au sein du village et rendus personnellement responsables de la sécurité des environs.

On le voit, les membres de ces autorités locales, en particulier les soltys, sont pris au piège de la participation au crime : en cas d’inaction, ils peuvent être dénoncés par leurs concitoyens directement auprès des autorités allemandes et ils doivent composer avec le zèle de certains de leurs administrés qui veulent chasser eux-mêmes les Juifs (par peur des représailles allemandes mais pas seulement). Les forces de l’ordre locales jouent donc un rôle important pour seconder les autorités allemandes (gendarmes) et polonaise, lors des chasses aux Juifs et du transfert de ceux-ci auprès des autorités : veiller à ce qu’ils ne s’échappent pas, accompagner durant les battues régulièrement organisées. Il en va de même pour les simples civils régulièrement convoqués à ces battues, mais parfois s’y joignant de leur propre chef...

Paysans et autorités locales se trouvèrent donc inclus dans le système nazi et étaient sujets à de terribles représailles en cas de refus, mais l’efficacité redoutable de ce système – que nous révèlent les statistiques établies par Grabowski – dépendait du zèle et de la bonne volonté des participants. Elle ne saurait être expliquée par la seule peur des représailles. D’ailleurs, on pourrait se demander si un zèle équivalent existait lorsqu’il était ordonné à ces mêmes forces de l’ordre locales – soumises à de semblables représailles en cas d’insoumission – de chasser les résistants de l’Armia Krajowa (Armée de l’intérieur) ou de recruter pour le travail forcé dans le Reich. Le témoignage du Dr Klukowski que nous avons déjà cité confirme que tel n’était pas le cas et qu’au contraire, l’occupant eut les plus grandes peines du monde à obtenir ses quotas agricoles ou humains pour les besoins de la guerre.

La triade de Hilberg [29] est donc ici caduque. Comme l’écrit Jan Grabowski : « Dans les campagnes polonaises, pas de bystander, chaque habitant, homme, femme, enfant avait un rôle à jouer dans ce terrible théâtre de la mort ». Celui-ci considère donc qu’un témoin n’est jamais neutre – à supposer que telle était la conception d’Hilberg – mais toujours engagé d’une manière ou d’une autre. D’autres chercheurs polonais se positionnent de manière semblable, parlant d’ « observation participante avertie » ou des « badauds de la Shoah » [30].

De nouveaux champs de recherche ?

Ces livres novateurs, dont on espère un jour lire une traduction en français, éclairent des aspects méconnus des « marges de la Shoah » en Pologne, soulignant notamment l’implication, volontaire ou forcée, des populations locales. Certes, l’utilisation systématique de cette source précieuse mais complexe que sont les procès d’après-guerre peut s’avérer problématique – plusieurs historiens critiques à cet égard l’ont souligné en Pologne au moment du débat qui a suivi la parution du livre de Jan Gross [31]. En effet, ils insistent mécaniquement sur la participation de Polonais au crime, et l’on risque de leur accorder trop d’importance, d’aboutir à des généralisations abusives. Comme l’écrivent les auteurs des Moissons d’or, une seule personne suffit pour tuer dix Juifs, mais il faut souvent dix personnes pour sauver un seul Juif.

Les statistiques établies par Grabowski sont peut-être sujettes à caution, mais les faits sont là et ce livre appelle à d’autres études systématiques en vue d’avoir le portrait le plus complet possible de l’attitude de la population polonaise face aux « voisins » juifs dans les villes et les campagnes durant la Seconde Guerre mondiale. Enfin, les trois auteurs évoquent tous le grand absent de ce tableau : l’Église polonaise, dont l’assourdissant silence durant la guerre est, notamment pour Jan Gross, synonyme d’assentiment à ce qui se passait. Tant que les archives ecclésiastiques resteront fermées aux chercheurs, la question reste ouverte sur ce qui est peut-être encore le dernier tabou de l’histoire des relations polono-juives durant la Seconde Guerre mondiale [32].

Pour citer cet article :

Audrey Kichelewski, « Chasse aux Juifs et moissons d’or. Nouvelles recherches sur la Shoah en Pologne », La Vie des idées , 3 novembre 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Chasse-aux-Juifs-et-moissons-d-or.html

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par Audrey Kichelewski , le 3 novembre 2011

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Notes

[1Ouvrage recensé dans La Vie des idées.

[2Sortie prévue en anglais sous le titre Golden Harvest en mai 2012 aux presses universitaires d’Oxford.

[3Pour une présentation détaillée de ces débats, voir ma préface au livre La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Ricard et du polonais par Xavier Chantry, Paris, Calmann-Lévy, 2010 [2006], pages VI & VII et le chapitre 13 de Jean-Yves Potel, La fin de l’innocence, la Pologne face à son passé juif, Éditions Autrement, 2009, recensé dans La vie des idées.

[4Sur ce phénomène, voir le précédent livre de Jan Grabowski, « Je le connais, c’est un Juif ! » - Varsovie 1939-1943, Le chantage contre les Juifs, traduit du polonais par Xavier Chantry, Paris, Calmann-Lévy, 2008.

[5Ce terme a été pour la première fois employé par Rachel Auerbach, historienne et écrivaine rescapée du ghetto de Varsovie, dans un reportage sur une inspection du camp de Treblinka à laquelle elle prit part en 1945 : Rachel Auerbach, Oyf di felder fun Treblinke. Reportazh [Dans les champs de Treblinka. Reportage – en yiddish], Varsovie-Łódź-Cracovie, Commission centrale historique juive auprès du CKŻP, 1947, car « diverses sortes d’aventuriers de tout le pays y viendront pour creuser la terre et chercher des trésors ». Jan Gross et d’autres commentateurs de ce texte ont curieusement estimé que Rachel Auerbach parlait d’Eldorado plutôt que de Colorado…

[6Sur ces rapports et plus généralement l’attitude de l’État polonais clandestin par rapport aux Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, voir en français l’article de Dariusz Libionka, « L’État polonais clandestin et la ‘question juive’ , 1942-1944 », traduit du polonais par Małgorzata Szymanska, in Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka (dir.), Juifs et Polonais 1939-2008, Paris, Albin Michel, p. 61-77.

[7Emanuel Ringelblum, Stosunki polsko-żydowskie w czasie drugiej wojny światowej [Les relations polono-juives durant la Seconde Guerre mondiale], Varsovie, Czytelnik, 1988, p. 64.

[8Expression utilisée dans Jan T. Gross, La Peur…, op. cit., p. 66.

[9Voir notamment l’analyse éclairante et le panorama des auteurs qui s’opposent à cette thèse dans Elżbieta Janicka, « Mord rytualny z aryjskiego paragrafu : o książce Jana Tomasza Grossa ‘Strach. Antysemityzm w Polsce tuż po wojnie. Historia moralnej zapaści’ » [Le crime rituel du paragraphe aryen : au sujet du livre de Jan T. Gross, La Peur. L’antisémitisme en Pologne après Auschwitz], Kultura i Społeczeństwo, t. LII, n°2, 2008, p. 229-252 (traduction française à paraître).

[10Zygmunt Klukowski, Une telle monstruosité… Journal d’un médecin polonais, 1939-1945, traduit du polonais par Alexandre Dayet, édition française établie par Jean-Yves Potel, coéd. Calmann-Lévy-Mémorial de la Shoah, 2011.

[11Citation extraite de Maria Janion, « Spór o antysemityzm. Sprzeczności, wątpliwości i pytania » [Les débats sur l’antisémitisme. Contradictions, doutes et interrogations] in Id., Do Europy – tak, ale razem z naszymi umarłymi [En Europe ? Oui, mais avec nos morts], Varsovie, Sic !, 2000, p. 144-145.

[12Joanna Tokarska-Bakir, « Żydzi u Kolberga » [Les Juifs chez Kolberg] dans Rzeczy mgliste. Eseje i studia [Affaires troubles. Essais et études], Pogranicze, Sejny, 2004, p. 66-67. Texte publié initialement dans Res Publica Nova, n° 8-9, 1999. Voir également la présentation de son livre Legendy o krwi, antropologia przesądu [Légendes du sang. Anthropologie d’une croyance], Varsovie, WAB, 2008 dans La Vie des Idées.

[13Citation du peintre Andrzej Bieńkowski rapportée page 105 du livre de Jan et Irena Gross.

[14Anecdote rapportée p. 106, extraite de Jan Grabowski, « Ratowanie Żydów za pieniądze : przemysł pomocy », Zagłada Żydów, n° 4, 2008, p. 103-104. Version anglaise de cet article : « Rescue for Money : ‘Paid Helpers’ in Poland, 1939-1945 », Jérusalem, Search and Research Series, Yad Vashem - The International Institute for Holocaust Research, 2008.

[15L’origine de la photographie, que Jan Gross avait remarquée lors de sa publication dans un reportage paru dans le quotidien polonais Gazeta Wyborcza en janvier 2008, a fait l’objet d’un important débat au moment de la sortir du livre Les Moissons d’or en Pologne. Jan Gross souligne pour sa part que ce livre est issu d’une commande des presses universitaires d’Oxford pour une série éditoriale où des chercheurs parlent de leur discipline à partir d’une photographie importante pour eux (p. 14).

[16Ce décret, voté par le gouvernement de Lublin des communistes et de leurs alliés permettait de juger « les traîtres à la Nation ». En réalité, seule une minorité des procès qui se tinrent en vertu de ce décret concernaient les actes de dénonciation et de meurtres de Juifs polonais, la loi se trouvant vite détournée pour pouvoir arrêter, juger et parfois exécuter les membres de la résistance intérieure non-communiste.

[17Terme utilisé en sociologie et en anthropologie et rendu célèbre par l’anthropologue Clifford Geertz dans son essai « Thick Description : Toward an Interpretative Theory of Culture » in Id., The Interpretation of Cultures : Selected Essays, New York, Basic Books, 1973, p. 3-30.

[18Voir Jan Grabowski, « Je le connais, c’est un Juif ! »…, op. cit. et Barbara Engelking, Szanowny Panie Gistapo. Donosy do władz niemieckich w Warszawie i okolicach w latach 1940- 1941 [« Cher Monsieur Gistapo… » La délation aux autorités allemandes en Pologne dans les années 1940-1941], Varsovie, Centrum Badań nad Zagładą Żydów, Wydawnictwo IFiS PAN, 2003 – résumé en français du livre sous le même titre dans Jean-Charles Szurek et Annette Wieviorka (dir.), op. cit., p. 45-59.

[19Jan Grabowski, Judenjagd, op. cit., p. 21-50.

[20En comptant les Juifs expulsés du Reich ou de Cracovie, qui se trouvaient dans l’arrondissement depuis le début de 1940.

[21Ibid., p. 53.

[22Du nom de l’uniforme bleu marine porté alors par les policiers polonais. Il s’agit des forces de l’ordre polonaises, pour l’essentiel composées de policiers recrutés avant-guerre et sélectionnés par les Allemands aux ordres desquels ils sont soumis. On sait encore peu de choses sur ce corps – hormis une monographie datée et incomplète : Adam Hempel, Pogrobowcy klęski. Rzecz o policji « granatowej » w Generalnym Gubernatorstwie, Varsovie, PWN, 1990 – si ce n’est sa collaboration avérée avec les autorités nazies.

[23Ibid, tableau 4 p. 69.

[24Ibid., tableau 5, p. 92 et citation p. 93.

[25Christopher R. Browning, Les Origines de la Solution Finale. L’évolution de la politique anti-juive des nazis. Septembre 1939 - Mars 1942, avec la collaboration de Jürgen Matthaus, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud et Bernard Frumer, Paris, Les Belles Lettres, 2007 [2004], p. 131.

[26Christopher R. Browning, Des hommes ordinaires, le 101ème bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne, traduit de l’anglais par Elie Barnavi, préface de Pierre Vidal-Naquet, Paris, Les Belles Lettres, Collection Histoire, 1994 [1992].

[27Ruta Sakowska, Dwa etapy. Hitlerowska polityka eksterminatcji Żydów w oczach ofiar. Skicz historyczny i dokumenty, Wrocław, 1986, cité dans Barbara Engelking, Jest tak piękny, słoneczny dzień..., op. cit., p. 25.

[28Chiffres établis par Saul Friedländer, Les Années d’extermination. L’Allemagne nazie et les Juifs, 1939-1945, traduit de l’américain par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2008, p. 704.

[29D’après Raul Hilberg, Exécuteurs, victimes, témoins. La catastrophe juive, 1933-1945, traduit de l’anglais par Marie-France de Paloméra, Paris, Gallimard, 1994 [1992].

[30Expressions employées respectivement par Elżbieta Janicka, art. cit. et Barbara Engelking, « Polacy – gapie Zaglady » [Les Polonais, badauds de la Shoah] Więź, n° 8–9, 2011, p. 99-102.

[31Les principales voix qui se sont exprimées à la sortie du livre Les Moissons d’or ont été regroupées dans le recueil Wokół « Złotych żniw ». Debata o kziążce Jana Tomasza Grossa [Autour des Moisssons d’or. Le débat autour du livre de Jan T. Gross et Irena Grudzińska-Gross], textes choisis et présentés par Daniel Lis, Cracovie, Znak, 2011.

[32Voir cependant les travaux de Dariusz Libionka qui, malgré les difficultés, parviennent à donner une image, plutôt sombre d’ailleurs, de l’attitude de l’Église face à la Shoah. Voir Dariusz Libionka, « Polish Church Hierarchy and the Holocaust – an Essay from a Critical Perspective », Holocaust. Studies and Materials, n° 2, 2010, p. 76-127.



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