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Plus qu’un lexique, le Vocabulaire grec de Joëlle Bertrand renoue avec l’ambition des philologues du XIXe siècle et retrace la filiation du grec ancien à notre langue et à notre civilisation.

Recensé :

Joëlle Bertrand, Vocabulaire grec. Du mot à la pensée, Paris, Editions Ellipses, 2007, 411 p., 35 euros, ISBN 978- 2-729836252

C’est plus qu’un lexique grec ou un simple vade-mecum que Joëlle Bertrand, professeur en classe préparatoire au lycée Louis-le-Grand propose ici aux futurs hellénistes. Retrouvant l’ambition des philologues du XIXème siècle, elle entreprend de retracer le chemin qui, du mot grec à l’expression française, trace une filiation entre les deux civilisations ; de l’horizon au rythme, de la cosmétique (venant de kovsmoj : la parure elle-même issue de la préparation des morts) à la laïcité (de laovj la foule). L’exercice requiert non seulement un savoir approfondi des techniques et nuances de la langue mais également une connaissance encyclopédique des usages de celle-ci. J. Bertrand déroule ainsi pour nous l’univers grec dans la richesse de ses nuances, mettant en regard les mots de notre langue qui en découlent. Comme l’avaient montré, avant elle, dans de savantes études aujourd’hui oubliées, Ernest Renan, Michel Bréal ou Salomon Reinach, on s’aperçoit alors que la place du grec dans notre langue est plus importante qu’on ne le pensait.

On trouve cependant dans le fait d’aller « du mot à l’idée » bien davantage qu’une simple leçon de linguistique. Tout d’abord l’affirmation qu’une expression adéquate offre une vision du monde plus accomplie et marque ainsi de son empreinte la place que prétend y occuper l’homme, une profession de foi concernant les bienfaits de l’enseignement pourrait-on dire. On accède surtout à une seconde dimension de la langue grecque, celle qui ouvre les chemins d’une culture que défendaient déjà dans leur ouvrage paru en 2004 aux Editions du Cerf Pierre Judet de La Combe et Heinz Wismann. L’ouvrage édité par Joëlle Bertrand, en faisant résonner les grandes voix de l’Antiquité, nous permet d’entrer dans un rapport vivant avec la culture grecque. Le grec n’est pas seulement ce qu’il fut durant plusieurs siècles, une langue de communication. C’est une « langue de culture » au sens où il s’opposerait aujourd’hui aux « langues de service » que sont un anglais ou un espagnol de base.

Ainsi la somme de travail et des connaissances rassemblés ici, en plaçant à distance l’objet même de notre curiosité, nous en font sentir, en même temps que son importance, la difficulté et la longueur de l’apprentissage. En combattant le sentiment d’immédiateté qui domine aujourd’hui notre rapport aux choses, et à l’enseignement en premier lieu, Joëlle Bertrand nous incite à porter un regard critique sur les civilisations passées en même temps que sur nous-mêmes. C’est là la plus riche des leçons.

Pour citer cet article :

Perrine Simon-Nahum, « Ce que nous devons au grec », La Vie des idées , 7 février 2008. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Ce-que-nous-devons-au-grec.html

Nota bene :

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par Perrine Simon-Nahum , le 7 février 2008

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