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Alice au pays des langues

À propos de : G. Deutscher, Through the Language Glass : How Words Colour Your World, William Heinemann, 2010


Voyons-nous le monde à travers à travers le filtre du langage ? Dans son dernier ouvrage, Guy Deutscher propose une introduction ludique à la linguistique et une réponse nuancée à une très vieille question. Et débusque au passage quelques mythes bien ancrés.

Recensé : Guy Deutscher, Through the Language Glass : How Words Colour Your World, William Heinemann, London, 2010, 310 pp.

L’allemand est une langue si ordonnée qu’elle est idéale pour la réflexion philosophique. Le français est la langue du romantisme par excellence. Et surtout, les Eskimos ont plus de deux cent mots différents pour parler de la neige. Ces généralisations sur le lien entre langage, culture et cognition animent facilement les dîners entre amis ; elles font en revanche bondir les linguistes, toutes écoles et clochers confondus. Elles sont, d’une certaine manière, un dommage collatéral de la lourde question du relativisme linguistique, dont l’ouvrage de Guy Deutscher intitulé Through the Language Glass, Why the world looks different in other languages, se propose de traiter avec humour, finesse et érudition. L’auteur mêle anecdotes, récits historiques et analyses d’expériences scientifiques plus récentes pour répondre aux deux côtés d’une même question, source, depuis plus d’un siècle, d’âpres controverses chez les linguistes. La première est de savoir si une langue donnée reflète réellement la culture de la société qui la parle, ou si elle est uniquement déterminée par la génétique ou la nature. La seconde, plus épineuse encore, touche à l’influence de la langue sur la manière dont ses locuteurs perçoivent le monde. Deutscher résume ce vaste programme grâce aux métaphores de la langue comme miroir et de la langue comme filtre.

Ainsi la référence initiale à Alice au Pays des Merveilles (Through the Looking Glass) prend son sens à différents niveaux ; si elle annonce le goût certain de l’auteur pour la narration et les jeux de mots en tous genres, elle signale aussi le danger encouru par tout chercheur choisissant de s’attaquer à la même problématique que les linguistes Edward Sapir et Benjamin Lee Whorf, dont l’hypothèse controversée garde pour certains les accents des affabulations du chapelier fou.

La langue comme miroir : dire les couleurs

Le vocabulaire des couleurs et son lien à la perception est une question récurrente de l’ouvrage de Deutscher. Le chercheur honoraire à l’Université de Manchester et spécialiste des langues du Proche-Orient nous fait voyager dans le temps, de récit sur le daltonisme chez les Grecs antiques en expérience scientifique sur la distinction entre vert et bleu, et montre comment les différences entre les langues sont tour à tour expliquées par l’influence de la nature puis de la culture. Il fait remonter le débat à un ouvrage méconnu du Premier Ministre britannique W. E. Gladstone publié en 1858, qui offre une analyse détaillée des poèmes homériques. Enfoui sous les railleries politiques et les critiques du monde académique, un des derniers chapitres de cet ouvrage en trois volumes est exclusivement dédié au vocabulaire homérique des couleurs. Gladstone remarque non seulement le nombre relativement restreint des adjectifs de couleurs utilisés dans l’Iliade et l’Odyssée, mais aussi une apparente incohérence dans les associations faites par le poète grec, qui parle par exemple d’une mer couleur de vin (oinops en grec). Il conclut à un daltonisme généralisé en Grèce antique, réponse erronée et pathologisante à la question de l’expression et de la perception des couleurs, qui a cependant le mérite d’en souligner la pertinence et d’être à l’origine d’un débat au long cours.

L’enquête sur l’expression des couleurs se poursuit avec Lazarus Geiger, qui propose une progression évolutionniste de l’expression des couleurs, allant du noir et blanc au rouge, jaune, vert puis au bleu. Généralisant les conclusions de Gladstone à l’ensemble du monde antique, Geiger lie cette progression au développement des capacités rétiniennes des populations étudiées. Mais cette séquence est abandonnée par anthropologues et linguistes dès le début du XXe siècle, car elle établit une hiérarchie gênante entre cultures simples n’utilisant que quelques points du spectre et culture européenne comprise comme l’aboutissement du processus d’évolution.

Le monde de la linguistique se tourne alors plus volontiers vers l’influence de la culture pour expliquer les différences de lexique entre différentes langues, notamment grâce aux recherches de W. H. R. Rivers sur les îles du détroit de Torrès. Il montre que si les autochtones sont biologiquement aptes à percevoir le bleu du ciel, ils n’ont pour autant aucun problème à le décrire comme une nuance de « noir » dans leur langue maternelle. Ces résultats suggèrent que le « bleu », comme les autres couleurs du spectre, ne seraient en fait que des conventions culturelles, présentes ou non dans une population donnée. Deutscher souligne ici la différence entre l’étrange et le contre-nature, puisque tout dépend de la langue qui sert de référence à l’analyse.

Ce n’est qu’en 1969 que Brent Berlin et Paul Kay, deux linguistes de l’université de Berkeley, décident de s’attaquer à la primauté de la culture dans l’ouvrage intitulé Basic Color Terms [1]. Après l’analyse de plus de vingt langues différentes, Berlin et Kay concluent tout d’abord à une certaine universalité dans le choix d’une nuance de couleur comme prototype, quel que soit le nombre de divisions du spectre des couleurs permis par le vocabulaire d’un locuteur donné. Ils établissent également une nouvelle version de la séquence avancée par Geiger, qui confirme finalement l’idée qu’il serait possible de prédire quelle couleur est généralement acquise avant quelle autre pour une langue donnée.

De Gladstone aux linguistes californiens, la première moitié de l’ouvrage de Deutscher présente un va-et-vient significatif entre thèse nativiste et thèse culturelle pour expliquer les différences de lexique des couleurs d’une langue et d’une culture à l’autre. Cette tension entre universalité et relativisme linguistiques semble pourtant se résoudre à mesure que les résultats d’études plus récentes viennent réfuter, au moins en partie, les (re)découvertes de Berlin et Kay. C’est pourquoi Deutscher finit par illustrer l’influence respective de la nature et de la culture sur la langue grâce à l’image du gradient ; l’influence de la culture serait avérée, mais limitée par les contraintes de la nature du cerveau humain et du monde environnant.

De la complexité des langues du monde

L’auteur choisit de conclure la première partie de l’ouvrage en s’attaquant au credo d’un degré égal de complexité pour toutes les langues du monde, seul véritable consensus entre ceux qu’il appelle les « nativist nerds » (obsédés de l’innéisme) et les « culture vultures » (vautours culturalistes) [2]. Selon lui, ce consensus entre linguistes n’est pas plus valable que l’opinion aussi commune qu’erronée selon laquelle les sociétés considérées comme « primitives » ne peuvent que s’exprimer dans une langue elle aussi « primitive [3] ». S’il s’agit de le comprendre comme un antidote aux préjugés populaires sur des langues méconnues, Deutscher ne lui accorde pas de véritable légitimité scientifique puisqu’il est selon lui impossible de trouver une mesure globale et non arbitraire de la complexité d’une langue.

Les mesures partielles qu’il avance (lexique, morphologie, syntaxe) suggèrent quant à elles des différences de complexité entre les langues du monde, sans pour autant donner raison à la parole populaire. La taille de lexique moindre généralement attestée dans les langues à tradition purement orale s’explique par exemple par la distinction entre vocabulaire actif (utilisé régulièrement par une majorité de locuteurs) et vocabulaire passif (dont un locuteur connaît le sens mais qu’il n’utilise que rarement). Une langue qui ne dispose pas de ressources écrites comme les dictionnaires pour préserver l’existence des mots peu usités est ainsi exclusivement représentée par son vocabulaire actif, nécessairement moins fourni. La complexité morphologique d’une langue serait quant à elle inversement proportionnelle à la complexité de la société qui la parle : plus une société serait complexe, plus la morphologie de sa langue serait simple, et vice versa. Selon Deutscher, cela serait dû à la structure même de la société étudiée, et plus précisément aux différences entre communication intime, majoritaire dans les sociétés entendues comme « simples », et communication avec l’extérieur et contacts avec d’autres langues et d’autres variétés, plus fréquentes dans les sociétés entendues comme « complexes ».

Ces différents résultats permettent à Deutscher de conclure à une influence certaine de la culture sur la langue, dont la nature variable vient néanmoins contredire à la fois l’opinion commune sur le lien direct entre langage et culture et le consensus apparemment infondé entre linguistes sur un degré de complexité égal entre toutes les langues du monde.

La langue comme filtre

Si Deutscher n’expose clairement les analyses d’Edward Sapir et de son élève Benjamin Whorf que dans la deuxième partie de son ouvrage, les deux parties de leur hypothèse [4] semblent pourtant constituer le plan d’ensemble de Through the Language Glass. En effet, Sapir et Whorf s’accordent à dire que notre culture détermine notre langue (la langue comme miroir), qui détermine à son tour la manière dont nous catégorisons notre interprétation et notre expérience du monde qui nous entoure (la langue comme filtre). Notons que la version plus modérée de l’hypothèse ne parle plus de déterminisme, mais d’influence de la culture sur la langue et de la langue sur la pensée.

Deutscher note fort justement l’absence de preuves empiriques solides dans l’étude de la langue hopi produite par Whorf, cette dernière ne se basant que sur des entretiens avec un informateur unique vivant à New York. L’argument principal de l’étude, selon lequel le concept de temporalité n’existerait pas dans cette langue uto-aztèque se voit clairement contredit par l’étude de terrain extensive de Malotki, qui en 1983 publie un ouvrage intitulé Hopi Time. Est-ce à dire que Sapir, Whorf et van Humboldt avant eux ont simplement produit une analyse erronée et fantaisiste du lien entre langue et culture ?

Si l’on en croit l’auteur de Through the Language Glass, la théorie du relativisme linguistique selon Sapir et Whorf décrit nécessairement la langue comme une prison qui vient limiter strictement les concepts qu’un locuteur donné est capable de comprendre. Ainsi la faille principale de l’ouvrage de Deutscher est de cantonner son analyse, et donc sa critique, à la version radicale de l’hypothèse de Sapir et Whorf, réduisant le « whorfisme » à un « paradis fiscal pour philosophes mystiques, fantaisistes et autres charlatans postmodernes » . Cette analyse s’explique au moins en partie par le fait que Deutscher associe systématiquement ce qu’il appelle « l’opinion dominante » en linguistique à celle des partisans de la grammaire générative et des universaux linguistiques comme Noam Chomsky et Steven Pinker [5], qui rejettent en bloc toute influence substantielle de la culture sur la langue, et plus encore toute influence de la langue sur certains aspects de la perception de ses locuteurs. C’est ce tableau trop unilatéral de la linguistique actuelle qui le force à se distancer radicalement de l’hypothèse de Sapir et Whorf. Through the Language Glass présente Whorf comme grand responsable des excès relativistes du passé ; s’il est en effet à l’origine du mythe des deux cent mots pour parler de la neige chez les Eskimos, son influence sur la version radicale de l’hypothèse relativiste est loin d’être aussi claire que ce que suggère Deutscher, à en juger par le détail des écrits de Sapir et Whorf et par le reste de la recherche à ce sujet.

Comme son but reste de montrer un lien entre la langue d’un locuteur donné et sa manière de comprendre le monde, l’auteur opte pour ce qu’il appelle l’hypothèse de Boas et Jakobson, selon laquelle la différence cruciale entre les langues ne résiderait pas dans ce que les locuteurs ont la possibilité ou non d’exprimer, mais dans ce que leur langue les force à exprimer. Son argumentation reste d’autant plus convaincante qu’elle est appuyée par une analyse des marqueurs d’évidentialité en matses, langue panoane parlée en Amazonie péruvienne. Il peut néanmoins sembler superflu de réinventer une version nuancée du relativisme linguistique au lieu de reconnaître la validité d’une partie des travaux de Whorf, comme ont pu le faire des linguistes du calibre de George Lakoff (1987) ou John Lucy (2010).

Genre, syntaxe et couleurs

La thèse de Deutscher sur la validité d’un relativisme modéré est appuyée par une série d’exemples allant des repères spatiaux au spectre des couleurs en passant par la question du genre en linguistique. On découvre ainsi qu’en guugu yimithirr, langue aborigène australienne, les rapports spatiaux ne sont pas exprimés en termes relatifs (droite, gauche, devant, derrière), mais grâce aux points cardinaux (nord, sud, est et ouest). Différentes études montrent ainsi que les locuteurs de Guugu Yimithirr semblent avoir une sorte d’oreille absolue pour les points cardinaux, de sorte que la nature de la description d’un court-métrage dépendra nécessairement de la position absolue de la télévision et de son spectateur. De même, les gestes non-verbaux accompagnant le récit d’un événement passé correspondront à l’orientation initiale des protagonistes. Ainsi, la perception et la mémoire spatiales d’un locuteur donné seraient fonction des coordonnées utilisées dans sa langue maternelle (données relatives ou points cardinaux).

Après une présentation de l’étude de Lera Boroditsky et Lauren A. Schmidt consacrée à l’influence du genre linguistique sur la perception des locuteurs, un retour à la question du spectre des couleurs permet à l’auteur de résoudre certaines des questions laissées en suspens à la fin de la première partie. Les expériences présentées dans les derniers chapitres de l’ouvrage viennent en effet confirmer l’hypothèse selon laquelle ce sont les différences linguistiques qui sont à l’origine de différences de perception, et non le contraire comme le suggéraient Gladstone et Geiger. De Kay et Kempton qui dans les années 1980 cherchaient à déterminer des différences de perception des couleurs entre locuteurs américains et locuteurs de tarahumara, langue mexicaine utilisant le même mot pour dire bleu et vert, aux universitaires de Berkeley et de Hong Kong, dont les expériences plus récentes et plus rigoureusement conçues vont jusqu’à utiliser l’imagerie médicale pour étudier le cerveau de leurs participants, les données présentées par Deutscher corroborent la thèse d’un relativisme linguistique modéré, selon lequel les concepts de couleurs présents dans notre langue maternelle auraient une influence directe sur notre manière de traiter les couleurs dans notre environnement. Ces innovations technologiques dans le domaine de la linguistique et des sciences cognitives permettent aussi à l’auteur de conclure sur les vastes perspectives de recherches pour les prochaines générations de chercheurs susceptibles d’apporter un regard toujours renouvelé sur des questions planant sur ces disciplines depuis plus d’un siècle.

Une introduction à la linguistique ?

Through the Language Glass offre ainsi une bonne introduction à la question du relativisme linguistique. Si l’auteur a tendance à se placer en retrait du monde de la linguistique par volonté d’offrir un regard extérieur sur les débats agitant la discipline, il n’en expose pas moins les tenants et les aboutissants avec finesse et force de détails. Un lecteur novice dans ce domaine voit donc définis avec clarté des éléments clés de toute bonne introduction à la linguistique, de la division de l’étude de la langue en lexique, syntaxe, morphologie et phonétique à la différence entre nature et culture, en passant l’aire de Broca, les principes d’emprunt et de substitution et la différence entre repères spatiaux relatifs et absolus. L’ouvrage offre également une véritable leçon sur l’importance des données empiriques et de la conception rigoureuse d’expériences scientifiques en linguistique, dont il montre l’évolution de Gladstone au XIXe siècle aux données neurophysiologiques utilisées à l’université de Hong Kong en 2008.

Deutscher joue volontiers les avocats du diable pour mettre en scène les objections potentielles ou avérées à certains résultats présentés au fil du texte, soulignant notamment le danger omniprésent de l’utilisation de tâches ambiguës donnant lieu à des jugements subjectifs de la part des participants, ce qui vient finalement fausser les résultats d’une étude. Ses talents de conteur et de pédagogue peignent avec élégance divers portraits de linguistes à travers les âges, et l’on découvre au fil de la chronologie de l’ouvrage l’aventurier parti enregistrer une langue encore inconnue au fond de l’Amazonie, le Premier Ministre britannique fasciné par les poèmes homériques, et les scientifiques californiens à la recherche du protocole expérimental le plus objectif possible. La question du relativisme linguistique au cœur de l’ouvrage permet enfin à l’auteur de montrer que la linguistique et les questions de langue peuvent contribuer à résoudre des problèmes identitaires et éthiques plus larges, comme celui de l’égalité entre les peuples et les races par exemple.

On en arriverait presque à vouloir mettre Through the Language Glass au programme des cours d’introduction à la linguistique de France et de Navarre, si à force de vouloir couvrir trop de domaines différents au sein de la discipline l’ouvrage ne finissait par en caricaturer certains, plus par manque de temps que de connaissances. On citera par exemple la question de l’acquisition du langage, dont Deutscher traite quasi-exclusivement à partir de données anecdotiques sur l’apprentissage de sa fille, tombant ainsi dans les travers impressionnistes qu’il dénonce dans le cas de Whorf et de certains de ses confrères. Quant au raccourci selon lequel une simplification morphologique dans les langues de sociétés dites complexes est présentée comme un produit de la « paresse humaine [6] », il est loin de rendre justice aux travaux de sociolinguistes comme Trudgill (2004) ou MacMahon (1994), pourtant clairement connus de l’auteur.

Vers une résolution cognitive ?

On peut enfin déplorer l’absence de références explicites au domaine de la linguistique cognitive, auquel Deutscher ne reconnaît pas d’existence propre dans le débat sur le relativisme de la langue, malgré de nombreuses références aux recherches des linguistes et psychologues de Berkeley et de Stanford, berceau de cette branche de la discipline. La linguistique cognitive lui aurait pourtant offert une résolution plus directe et plus élégante que la création de l’hypothèse de Boas-Jakobson pour sortir des controverses d’un relativisme linguistique radical. Elle part du principe que les êtres humains partagent la même capacité générale de conceptualisation, quelles que soit les différences entre leurs systèmes conceptuels. Elle évite donc l’écueil whorfien du système monolithique, selon lequel si les locuteurs d’une langue donnée ont une manière différente de la nôtre de conceptualiser un domaine particulier, toute compréhension entre eux et nous est impossible (Lakoff, 1987). Puisque l’idée d’une capacité de conceptualisation partagée implique également que des locuteurs de la même langue puissent conceptualiser un même domaine de plusieurs manières et se comprendre entre eux, on peut ensuite aisément accepter que des locuteurs de langues différentes puissent se comprendre entre eux, même dans le cadre d’un relativisme linguistique modéré. C’est également là la preuve qu’il est possible d’adopter une perspective de relativisme modéré sans danger pour la morale et pour l’éthique. En effet, s’il existe différentes manières valables de raisonner, il devient plus difficile de considérer qu’une de ces manières de penser est supérieure, ou plus vraie que les autres.

Mais qu’on adhère ou non à la version modérée de l’hypothèse de Sapir et Whorf, Through the Language Glass finit au moins par couper court aux mythes urbains sur le vocabulaire eskimo et à ses multiples variations trop souvent admises comme des vérités générales, de sorte que la diatribe mémorable de Geoffrey Pullum contre la multiplication de ces déclarations infondées prend tout son sens après la lecture de cet ouvrage : « Quand quelqu’un commence un argument en disant ‘Les Untels n’ont pas de mot pour dire Chose’, ou ‘Les Untels ont tant et tant de mots différents pour dire Chose’, ne lui faites jamais confiance, et vérifiez toujours que votre portefeuille n’a pas disparu [7]

Aller plus loin

Références

  • Lakoff (1987) Women, fire, and dangerous things : what categories reveal about the mind. Chicago : University of Chicago Press.
  • Lucy, John (2010) “Language Structure, Lexical Meaning, and Cognition”, dans Malt, Barbara C. & Phillip Wolff (dir.), Words and the mind : how words capture human experience. New York : Oxford University Press, 2010.
  • McMahon, April (1994) Understanding Language Change. Cambridge : Cambridge University Press.
  • Pinker, Steven (1994) The Language Instinct. New York, NY : W. Morrow and Co.
  • Peter Trudgill (2004) New-Dialect Formation : The Inevitability of Colonial Englishes. Edinburgh : Edinburgh University Press.

En savoir plus

Pour citer cet article :

Emilie L’Hôte, « Alice au pays des langues », La Vie des idées , 30 janvier 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Alice-au-pays-des-langues.html

Nota bene :

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par Emilie L’Hôte , le 30 janvier 2012

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Notes

[1Deutscher en profite pour mettre le doigt sur un phénomène malheureusement récurrent en linguistique, qui consiste à négliger entièrement les véritables origines d’une thèse ou d’une théorie pour se présenter comme l’initiateur principal d’une réflexion ex-nihilo. C’est ainsi que 1969 est souvent présenté comme l’année zéro de l’étude du vocabulaire des couleurs en linguistique, laissant de côté plus d’un siècle de recherche et de réflexion sur le sujet.

[2Deutscher cite entre autres le manuel d’introduction à la linguistique de Fromkin et Rodman, utilisé dans de nombreuses universités à travers le monde, qui présente cette égale complexité comme une évidence sans jamais la justifier par des preuves empiriques solides.

[3« [I]t is undoubtedly a noble enterprise to disabuse people of the belief that primitive tribes speak primitive languages. But surely the road to enlightenment is not through countering factual errors with empty slogans » (p. 109).

[4Initiée dans les années 1920-30 sous l’influence des travaux de Franz Boas et de Wilhelm de Humboldt, l’hypothèse de Sapir et Whorf n’a jamais été explicitement énoncée comme telle par ses auteurs, qui lui sont associés de manière posthume.

[5Dans un entretien pour la Paris Review], Deutscher résume même indûment l’apport de la linguistique aux sciences cognitives aux analyses de Pinker (1994), qui comprend la langue comme un instinct : « cognitive science has also from its inception been dominated by a very particular view of language (one that I don’t entirely share), namely that most fundamental aspects of language and its grammatical rules are innately specified, that they are coded in the genes and prewired in the brain ».

[6« human laziness » (p. 114).



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