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Florilège d’été


par La Rédaction , le 31 juillet 2009

La Vie des Idées a pris ses quartiers d’été. Nous reprenons peu à peu à partir du 15 août notre rythme de publications. Nous vous proposons, en attendant, une sélection d’articles, d’entretiens et de comptes rendus parus sur le site depuis septembre 2008.

Photo : Japan. Miyazaki. The Artificial Beach Inside the Ocean Dome. 1996. © Martin Parr, Magnum Photos / Kamel Mennour.

Exposition Planète Parr, du 30 juin au 27 septembre 2009 au Jeu de Paume.

Depuis le 1er septembre 2008, La Vie des Idées a publié plus 180 comptes rendus et près de 130 articles ou entretiens. Une cinquantaine de ces textes ont été traduits en anglais et treize dossiers ont été constitués. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et à suivre le travail que nous réalisons quotidiennement. Nous vous en remercions et nous continuerons, dès la rentrée, à rendre compte de la vie intellectuelle en France et à l’étranger.

L’ensemble des textes publiés est disponible en permanence sur le site, par rubrique, par discipline ou encore par mots-clé. Nous vous proposons ici un florilège de textes parus cette année.

Bonne lecture, et bon été !

Articles et entretiens :

En comparant le rapport Stasi sur la laïcité avec le récent rapport Bouchard-Taylor paru au Québec en 2008, Cécile Laborde met en évidence les incohérences de la position française et son particularisme « catho-laïque ».

La Poste sera certainement bientôt privatisée. Nadège Vezinat montre que cette réforme entérinerait la coexistence des logiques du marché et de service public, et que les tensions liées à cette coexistence d’exigences contradictoires sont largement reportées sur les salariés du groupe. Son enquête sur les conseillers financiers étudie les modalités concrètes de résolution de ces tensions qui touchent salariés et usagers.

Le déroulement de la crise financière et les tentatives pour l’enrayer ont donné lieu à l’émergence d’un nouveau thème : nous assisterions, divine surprise pour les uns, calamité pour les autres, au retour de l’État. Bruno Bernardi se demande si cette idée n’est pas un leurre, derrière lequel il faudrait discerner les enjeux des mutations en cours : une nouvelle étape vers l’absorption de la société par le marché ou une reconfiguration globale de notre horizon historique et politique ?

Depuis les années 1990 et l’effondrement du bloc communiste, quelques milliers de Roms ont quitté l’Europe de l’Est. Leur arrivée à l’Ouest, notamment en France et en Italie, a suscité de vives réactions de rejet – et cela n’est pas simplement lié à leur pauvreté ou à leur mode de vie. Non sans rapport avec les conditions d’entrée et de séjour des étrangers, la « question rom » est aujourd’hui au cœur des politiques européennes et nationales.

Après une première table ronde qui avait permis d’aborder les causes et mécanismes de la crise financière, l’École d’Économie de Paris a organisé une deuxième rencontre autour de la crise économique avec des spécialistes reconnus en macro-économie : Agnès Benassy-Quéré, François Bourguignon, Daniel Cohen et Philippe Martin. La Vie des idées était présente à cet événement. Extraits vidéo.

Dans cet entretien, le sociologue Robert Castel, directeur d’études à l’EHESS, revient sur les principaux concepts grâce auxquels il a construit une analyse et un récit de la question sociale d’hier à aujourd’hui. Il réexamine ainsi les notions de travail, de propriété, de solidarité et évoque sa relation de chercheur avec l’État.

Il y eut un temps où les criminels, s’ils étaient « en état de démence au moment de l’action », n’étaient pas destinés à être punis ni incarcérés. Depuis les années 1980, on trouve de plus en plus de fous dans les prisons françaises. Est-ce parce que la prison aggrave des pathologies préexistantes ? C’est plutôt que la psychiatrie est de moins en moins apte à prendre en charge les patients difficiles.

C’est un thème nouveau et relativement exotique pour les économistes qui a été abordé lors de cette table ronde : le bonheur. À partir de données d’enquêtes internationales où l’on interroge les individus sur leur bien-être, les économistes tentent d’identifier aux niveaux macroéconomique et microéconomique les sources de variation du bonheur.

L’histoire n’existe pas seulement dans les livres : elle se donne à voir, elle s’expose dans des musées. Organisatrices de l’exposition « 1931, les étrangers au temps de l’Exposition coloniale », deux historiennes font part de leur expérience, mais aussi de leurs hésitations et de leurs doutes.

Études postcoloniales, subaltern studies, world history : chacun de ces courants est nourri par les études africaines. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’historien Mamadou Diouf explique comment l’étude du continent, de ses cultures, de ses pratiques, de son histoire, permet de faire dialoguer les disciplines et d’alimenter des « comparaisons réciproques », sans rester prisonnier des catégories de l’universalisme européen.

Contrairement à une idée reçue, les conflits sociaux ne diminuent pas dans le monde du travail. Si l’on prend en compte la pluralité des modes d’action, ils auraient même plutôt tendance à augmenter. En s’appuyant sur une analyse de l’enquête REPONSE, Jérôme Pélisse et Baptiste Giraud offrent un état des lieux moins sombre qu’attendu du pouvoir de mobilisation des salariés.

On a annoncé sa mort, puis son retour : le sujet, nié ou exalté, est au centre de la philosophie occidentale depuis le XVIIe siècle. Dans son grand livre The Idea of the Self, l’historien Jerrold Seigel revisite l’histoire du moi de Locke à Derrida et propose de comprendre les relations qui unissent le corps, la société et la réflexivité dans la constitution du sujet.

Autrefois critiqué pour la brutalité de ses personnages, Clint Eastwood est aujourd’hui encensé par une critique qui salue sa « rédemption ». Pourtant, son nouveau film, Gran Torino, se prête à des lectures multiples : à travers la figure de Walt Kowalski, vieil homme blanc ruminant son ressentiment dans une banlieue de Detroit, le cinéaste met en scène la déchéance d’une Amérique blanche au racisme persistant.

Comment expliquer l’ampleur de la mobilisation des universitaires contre le projet de modification de leur statut ? Pour le philosophe Vincent Descombes, c’est l’identité collective du corps enseignant qui se trouve mise à mal par les réformes en cours, et la définition même de l’université comme forme sociale.

Et si la mixité n’était pas toujours et partout le meilleur moyen de promouvoir l’égalité et la justice sociale ? Sans hésiter à prendre à rebrousse-poil un certain nombre des conceptions les plus ancrées en matière d’éducation, de logement ou de politique de la ville, Éric Charmes défend une approche pragmatique de la mixité. Mais comment faire société si les espaces publics se rétractent ? Le débat est ouvert.

L’Inde a beau être une société de castes, la mobilité sociale n’y est pas impossible. De longues années de luttes et des politiques de discrimination positive ont permis à certains Dalits – autre nom des Intouchables – d’échapper à leur condition. Jules Naudet, à partir d’une enquête qu’il a menée auprès de Dalits devenus hauts fonctionnaires, professeurs ou cadres supérieurs, s’intéresse aux liens qui les unissent à leur milieu d’origine.

Le kilt excepté, la jupe signale la femme : tête de linotte, aguicheuse ou « féminine », celle qui la porte appartient bel et bien à un genre dominé. L’historienne Christine Bard analyse l’institution d’une « Journée de la jupe », qui viserait à relégitimer le port de ce vêtement. Une nouvelle libération, après la libération du pantalon pour femmes ?

Alain Prochiantz, professeur au Collège de France à la chaire de processus morphogénétique revient sur les méandres de sa carrière, ce qu’il appelle des « accidents ». L’un d’entre eux (une découverte majeure et inattendue) a redessiné les contours théoriques de sa discipline et ouvert de nouvelles voies thérapeutiques. C’est le scientifique qui se livre ici, mais aussi le philosophe des sciences et l’artiste. Car pour lui toutes ces activités se nourrissent les unes des autres.

La plus haute récompense du monde architectural vient d’être remise au Suisse Peter Zumthor. La démarche phénoménologique de cet architecte attentif aux paysages naturels et aux traditions constructives locales s’inscrit à rebours de la création architecturale contemporaine dominante. Son mérite est de poser de façon aiguë la question du sens de l’architecture à l’époque de l’urbain généralisé et de la crise du lieu.

Recensions :

Recensé : Sophie Houdart, La cour des miracles. Ethnologie d’un laboratoire japonais, Paris, CRNS Éditions, 2007.

Une découverte scientifique est-elle un fait universel ? Par le biais d’une enquête ethnologique dans un laboratoire japonais décrivant le gène de l’homosexualité de la mouche drosophile, Sophie Houdart met en lumière la dimension culturelle de l’activité scientifique. La ligne de partage communément établie entre nature et culture s’en trouve profondément questionnée.

Recensé : Brigitte Derlon et Monique Jeudy-Ballini, La passion de l’art primitif. Enquête sur les collectionneurs, NRF, Gallimard, Paris, 2008.

Qu’est-ce qui anime les collectionneurs d’art primitif ? D’après l’enquête de deux ethnologues, ce n’est pas le goût de la spéculation ni même de l’appropriation mais une passion intuitive pour les objets et un sentiment profond d’obligation à leur égard.

Recensés : « Histoire globale, histoires connectées : un changement d’échelle historiographique ? », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 54-4 bis, 2007 ; What is Global History ?, Cambridge, Polity Press, 2008 ; The Theft of History, Cambridge, Cambridge University Press, 2006.

Comment, à l’âge de la mondialisation, écrire une histoire ouverte sur le monde, sur ses échanges, ses circulations et ses rencontres ? Un récent numéro de la Revue d’histoire moderne et contemporaine propose un tour d’horizon des questions soulevées par « l’histoire globale » et souligne, une nouvelle fois, le provincialisme de l’Université française.

Recensé : Miguel Chueca, Déposséder les possédants. La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906), Marseille, Agone, 2008.

Chaque conflit social de grande ampleur voit resurgir le mot d’ordre de grève générale. Cette idée, apparue à la fin du XIXe siècle, fit l’objet de vifs débats entre syndicalistes révolutionnaires et socialistes. Miguel Chueca publie un recueil de textes de l’époque qui permet de restituer les enjeux de cette controverse intellectuelle et politique.

Recensé : William T. Vollmann, Pourquoi êtes-vous pauvres ? (Poor People), traduit de l’anglais par Claro, Paris, Actes Sud, septembre 2008.

À quelles causes attribuez-vous votre condition ? Aux riches, au destin, à vous-mêmes ? L’écrivain américain William T. Vollmann a posé cette question à des pauvres des quatre coins du monde. À mi-chemin de l’enquête sociale et de la réflexion de moraliste, Pourquoi êtes-vous pauvres ? examine les déclarations et instruments de mesure du phénomène pour accéder à un savoir déroutant : la part d’ombre de la pauvreté, de ceux qui la vivent comme de ceux qui l’observent.

Recensé : Friedrich Nietzsche, Correspondance, tome III. Janvier 1875-décembre 1879. Textes établis par Giorgio Colli et Mazzino Montinari. Traductions et notes sous la responsabilité de Jean Lacoste. Paris, Gallimard, 2008.

Penser est une maladie : la correspondance de Nietzsche donne à voir l’intimité, les souffrances et la solitude du philosophe, qui ne paraît trouver son inspiration que dans un culte paradoxal de l’amitié.

Recensé : Jürgen Habermas, Entre naturalisme et religion. Les défis de la démocratie, traduit de l’allemand par Christian Bouchindhomme et Alexandre Dupeyrix, Paris, Gallimard, 2008,

Et si la raison, comme le montre aujourd’hui la logique marchande, était finalement bien plus capable de calculer des moyens que de poser des fins ? Le dernier recueil de Jürgen Habermas, le chantre de la raison communicationnelle, témoigne d’un surprenant revirement vers la religion et le registre compassionnel.

Recensé : Coco Fusco, Petit manuel de torture à l’usage des femmes-soldats, traduit de l’américain par François Cusset, Paris, Les Prairies ordinaires, 2008.

Les photos d’Abu Ghraib, où des soldates humilient des prisonniers irakiens, révèlent une nouvelle facette de l’armée américaine. Loin d’être des petites misères infligées par des minettes, ces tortures prétendent être plus efficaces que les tortures « d’homme à homme ». Il en ressort une vérité embarrassante : l’armée américaine utilise les soldates pour ce que leur appartenance à un sexe spécifique permet d’obtenir.

Recensé : Paul Krugman, The Return of Depression Economics and the Crisis of 2008, W. W. Norton, New York.

La nouvelle version du livre de Paul Krugman sur « l’économie dépressive » tombe à point nommé. Enrichie de plusieurs chapitres traitant de la crise mondiale qui se déroule sous nos yeux, elle permet de situer les événements récents dans l’histoire de la mondialisation financière, qui est celle de l’instabilité permanente.

Recensé : Jennifer Pitts, Naissance de la bonne conscience coloniale. Les libéraux français et britanniques et la question impériale (1770-1870), Paris, Éditions de l’Atelier / Éditions ouvrières, 2008.

Comment les penseurs du libéralisme, imprégnés des valeurs humanistes des Lumières, ont-ils pu justifier l’expansion coloniale européenne ? C’est à cette question que Jennifer Pitts tente de répondre dans le livre qu’elle consacre aux positions des libéraux anglais et français des XVIIIe et XIXe siècles sur la question impériale.

Recensé : Isabelle Clair, Les Jeunes et l’amour dans les cités, Paris, Armand Colin, 2008.

Comme tous les adolescents, les jeunes des cités draguent, s’aiment et se séparent… La sociologue Isabelle Clair a enquêté sur les jeux de l’amour et du hasard dans deux villes de la banlieue parisienne. Son étude, exemplaire, révèle l’ambiguïté des relations entre filles et garçons, entre rapports de domination, transports amoureux et construction des identités de genres.

Recensé : Laurence Fontaine, L’Économie morale. Pauvreté, crédit et confiance dans l’Europe préindustrielle, Paris, Gallimard.

De quels moyens de survie les pauvres disposaient-ils dans les sociétés d’Ancien Régime pour échapper au dénuement ? L’historienne Laurence Fontaine met en lumière l’importance du recours au crédit à une époque où deux types d’économie politique coexistaient, l’une aristocratique fondée sur le don et l’honneur, l’autre capitaliste valorisant le calcul et l’intérêt.

Recensé : Michèle Lamont, How Professors Think. Inside the Curious World of Academic Judgment, Cambridge/Londres, Harvard University Press, 2009.

Comment juger de l’intérêt et de la qualité d’une recherche scientifique ? Dans un monde de ressources rares, l’attribution de financements implique une sélection drastique des projets et des candidats. La sociologue Michèle Lamont a enquêté sur le fonctionnement des jurys nord-américains pour comprendre comment l’« excellence » scientifique peut être définie de manière collégiale.

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Pour citer cet article :

La Rédaction, « Florilège d’été », La Vie des idées , 31 juillet 2009. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Florilege-d-ete.html

Nota bene :

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais.

par La Rédaction , le 31 juillet 2009

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